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Inverser la courbe du chômage : un pari empoisonné ?

26 Déc

Malgré une politique de l’emploi des contrats aidés, un Bug SFR/Pôle emploi et une interprétation « sapinesque » des chiffres du chômage, le gouvernement n’arrive toujours pas à inverser la courbe du chômage.

PE_26122013Face à ces mauvais chiffres, Michel Sapin est revenu de son fief d’Argenton-sur-Creuse pour une conférence de presse inédite et minutée et Jean-Marc Ayrault se déplacera demain à Lorient à l’agence Pôle emploi Lorient-Marine pour poursuivre l’évangélisation.

Quant à François Hollande, il confirme que « L’inversion de la courbe du chômage (…)  est bien amorcée »

….sauf pour les seniors dont le nombre de chômeurs de catégorie A augmente fortement ce mois-ci de +1,3%, conséquence d’un contrat de génération défaillant.

Les chiffres

Le chômage repart à la hausse au mois de novembre 2013 avec +17 800 demandeurs d’emploi de catégorie A, soit +0,5%, pour s’établir à 3 293 000. Sur un an, il croît 5,6%.

Après une forte augmentation au mois d’octobre 2013 (+60 100 chômeurs), le nombre de chômeurs en activité réduite diminue de -24 700 pour s’établir à 1 583 100. Les chômeurs en activité réduite courte, catégorie B, diminuent de -3,1% et les chômeurs en activité réduite longue, catégorie C, diminuent de -0,4%.

Au total, le nombre de demandeurs d’emploi des catégories A, B et C baisse légèrement de -0,1%, soit -6 900, pour s’établir à 4 876 100 chômeurs en France métropolitaine.

Le chômage des jeunes des catégories A, B et C diminue de -0,9% et celui des seniors augmente de +0,7%.

769 800  jeunes et 1 041 700 seniors sont au chômage au mois de novembre  2013.

Le chômage de longue durée, un an ou plus, catégories A, B et C, continue d’augmenter de +0,3% pour s’établir à 2 035 300.

Le chômage d’une durée de 3 ans ou plus poursuit également sa hausse avec +1,1%. Il atteint 582 000, soit une augmentation de +6 400 chômeurs.

Les allocataires du RSA inscrits en catégories A, B et C augmentent de +8 600  bénéficiaires pour s’établir à 808 800, soit 16,3 des demandeurs d’emploi inscrits dans ces trois catégories.

Quant aux radiations administratives, elles baissent légèrement de -9 400 radiations, contre +10 800 le mois précédent et s’établissent à 43 200.

208 200 cessations d’inscription pour défaut d’actualisation ont été comptabilisées ce mois-ci, en augmentation de + 22 700 par rapport au mois précédent.

L’écran de fumée des contrats aidés

La montée en charge des contrats aidés atteint, comme prévu, son apogée à la fin de l’année. 500 000 contrats aidés ont été conclus en 2013, dont +76 000 au 4ème trimestre. Leur durée initiale a été prorogée afin de renforcer l’inversion de la courbe du chômage d’ici la fin de l’année. Néanmoins, ces dispositifs ont des limites. Seuls les contrats aidés du secteur marchand assurent un taux d’insertion de 60,9% dans l’emploi durable (CDI, CDD de plus de 6 mois, titularisation dans la fonction publique) contre 26,6% pour les contrats aidés du secteur non marchand, selon les dernières données publiées par la Dares.

Face aux économies budgétaires, le nombre de contrats aidés diminuera en 2014 pour s’établir à 400 000.

Dès lors, le gouvernement va devoir tabler sur une reprise de l’économie en 2014 pour relancer le marché du travail. L’Insee la qualifie déjà de « poussive » et l’estime à +0,7%, toujours insuffisante pour l’emploi. En outre, l’Institut de la statistique est moins optimiste que le gouvernement et prévoit une augmentation de +0,1 point du taux de chômage à mi-2014 qui devrait s’établir à 11,0%.

Baisse relative du chômage des jeunes

Le chômage des catégories A, B et C n’enregistrant pas une baisse continue, le gouvernement appuie sa communication depuis plusieurs mois sur la baisse continue du chômage des jeunes de catégorie A.

Le chômage des moins de 25 ans a baissé de manière continue à partir du mois de mai 2013 avec -0,5% et 557 600 demandeurs d’emploi jusqu’au mois d’août 2013 avec -3,6% et 531 900 chômeurs.

Suite au bug de SFR et de Pôle emploi, le chômage des jeunes est reparti à la hausse, +3,0% et avec 547 700 demandeurs d’emploi. Selon le gouvernement, les chiffres du chômage sont donc faussés pour le mois de septembre 2013 et cette forte hausse est à relativiser.

En novembre, Michel Sapin a annoncé une baisse du chômage de 0,6% au mois d’octobre 2013 pour les demandeurs de catégorie A. Il n’évoque plus le bug qui devait s’étaler sur plusieurs mois. A y regarder de plus près, le chômage des jeunes de moins de 25 ans s’établit à 535 100 au mois d’octobre 2013 avec une forte baisse de -2,3% ; chiffres en baisse mais qui sont toujours plus élevés que ceux du mois du mois d’août 2013 avec 531 900 chômeurs.

Entre le mois d’août 2013 et le mois d’octobre 2013, le chômage des jeunes a augmenté de +3 200 demandeurs d’emploi et il repart à nouveau à la hausse en novembre 2013, +0,4%, soit +2 300 chômeurs supplémentaires pour s’établir à 537 400 chômeurs de catégorie A de moins de 25 ans.

Les chiffres du Medef

Pour le Medef, les entreprises rencontrent toujours des difficultés à recruter. La dernière enquête de l’Observatoire Tendances Emploi Compétences (TEC) du patronat pour le 3ème trimestre (Juillet-Août-Septembre 2013) auprès 40 000 entreprises de toutes tailles et de tous secteurs, a mis en évidence les constats suivants :

  • Recrutements lancés : 835 291 recrutements ont été menés au 3e trimestre 2013. Cela marque une stabilité par rapport au trimestre précédent mais ils ont été réalisés par un plus grand nombre d’établissements, majoritairement des TPE.
  • Recherches abandonnées : 132 690 recherches ont été abandonnées, chiffre en légère augmentation par rapport au trimestre précédent.
  • Recrutements menés avec difficultés : 165 667 recrutements ont été menés avec des difficultés, nombre en baisse par rapport au 2e trimestre 2013.
  • Baisse des recrutements effectifs : la baisse se poursuit, soit 702 601 postes au 3e trimestre 2013 contre 729 802 postes au 2e trimestre (rappel : 976 825 au 4e trimestre 2012), principalement dans les régions Ile-de-France, Rhône-Alpes, Champagne-Ardenne, Centre, Nord-Pas de Calais, Pays de la Loire, Bretagne, Aquitaine et Midi-Pyrénées.

Les recrutements concernent toujours les mêmes métiers (employés et agents de maîtrise de l’hôtellerie et de la restauration, cuisiniers, conducteurs de véhicules, cadres et technico-commerciaux, ingénieurs et techniciens de l’informatique).

Ces offres non pourvues sont-ils le résultat de métiers moins attrayants dans la restauration, dans l’hôtellerie, dans la conduite de véhicules sans évolution de carrière ? De certains métiers sous-payés ? D’une inadéquation des compétences des profils et des offres proposées et donc un défaut de formation ? De l’inefficience du service public de l’emploi ?….

DARES : Demandeurs d’emploi inscrits et offres collectées par Pôle emploi en novembre  2013

chomage infographie Novembre2013  copie

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Pôle emploi : y a-t-il un pilote dans le Cinétic ?

1 Oct

Le ministère du travail se défausse sur Pôle emploi, qui se défausse à son tour sur SFR…

Les chiffres du chômage du mois d’août ont été publiés vendredi 25 septembre et grande surprise la baisse des chômeurs a été considérable, -50 000 demandeurs d’emploi de catégorie A et -62 700 demandeurs d’emploi des catégories A, B, C.

POLE_EMPLOI_NEW_13-11Face à cette première baisse depuis le mois d’avril 2011, le gouvernement a le triomphe modeste. Cette posture est notamment due à l’ampleur inhabituelle du nombre de sorties pour défaut d’actualisation qui a bondit de +38,8%, soit 277 500 sorties. A cela s’ajoute le nombre de radiations administratives qui ont augmenté de +7,7% au mois d’août 2013, soit 40 600 chômeurs radiés.

Dans son communiqué de presse du 25 septembre, Michel Sapin déclare que « ces chiffres sont encourageants, mais doivent encore être interprétés avec prudence » et « dans les périodes de reprise de l’activité économique, il est courant d’observer une certaine « volatilité » des chiffres du chômage d’un mois sur l’autre. ». Rien n’indiquait un questionnement plus profond sur ces chiffres surprenants du mois d’août.

Néanmoins, les 77 500 sorties pour défaut d’actualisation sont mises en avant dans les média et inquiète par conséquent le gouvernement qui demande des comptes à Pôle emploi.

Par un communiqué de presse du 30 septembre, le ministère du Travail rend public les investigations menées par Pôle emploi et la Dares. Immédiatement, le ministère du travail se défausse sur Pôle emploi, qui se défausse à son tour sur SFR.

En effet, l’augmentation inhabituelle des défauts d’actualisation est due à un manquement de l’opérateur SFR qui envoie des SMS aux demandeurs d’emploi afin qu’ils n’oublient pas de s’actualiser, soit de manière dématérialisée sur le site, soit dans une agence Pôle emploi. Dans un communiqué de presse, SFR indique qu’il « a constaté un incident dans la réception par certains demandeurs d’emploi des SMS de relance qui leur sont adressés par Pôle Emploi à partir d’une de ses plates-formes d’envoi. ».

Sans ce bug de SFR, la baisse du chômage au mois d’août aurait dû être moitié moindre, comprise entre -22 000 et -29 000 demandeurs d’emploi. « Cela reste la première baisse depuis 27 mois et la plus importante depuis décembre 2007. » pour Michel Sapin.

Le Ministre du travail est diplomate mais ferme dans son communiqué en invitant Jean Bassères, Directeur général de Pôle emploi « de prendre immédiatement des mesures pour renforcer le contrôle qualité de cette procédure, afin que de tels incidents ne puissent en aucun cas se reproduire. ». Il rassure nos concitoyens en précisant « que cet incident n’a pas de conséquence pour les demandeurs d’emploi concernés, notamment quant à leur indemnisation. ».

C’est seulement aujourd’hui que Jean Bassères intervient sur RMC / BFM-TV, en changeant son fusil d’épaule et en ne se défaussant plus intégralement sur son prestataire SFR. En effet, il était difficile de tenir cette posture. Il serait dommageable pour le Directeur de Pôle emploi que nous croyions qu’il ne pilote pas ses prestataires ; un comble, étant donné le nombre de prestataires de Pôle emploi utilisé dans la logique du « Je fais faire »….

Jean Bassères déclare donc aujourd’hui « Nous, nous avons une responsabilité partagée avec SFR. C’est s’assurer qu’une campagne de SMS se déroule bien. Et là, force est de constater que nous n’avons pas réussi à avoir en temps réel une vision suffisante de ce dispositif qu’on a finalement complètement analysé vendredi seulement. »

La dématérialisation a pour objectif la simplification des démarches administratives. Néanmoins, elle doit être sécurisée. Ceci est un énième dysfonctionnement de Pôle emploi et ce n’est que l’arbre qui cache la forêt des dysfonctionnements de Pôle emploi.

Si Pôle emploi exige une actualisation mensuelle afin d’indemniser les demandeurs d’emploi, alors l’exigence doit être réciproque et Pôle emploi doit assurer un service irréprochable aux demandeurs d’emploi, qui sont de facto dans une situation précaire.

Quand ce service public aura-t-il de l’efficience ? Une refonte en profondeur de Pôle emploi serait tout aussi utile que la réflexion actuellement menée sur la réforme de la formation professionnelle, de son pilotage, de ses acteurs et de son financement.

Marie Lacoste, secrétaire générale du Mouvement National des Chômeurs et Précaires a réagi sur LCI. Le MNCP va s’adresser officiellement à la direction générale de Pôle Emploi pour exiger des explications claires et précises, ainsi que des engagements.
 

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, invité ce matin sur France Info, dénonce le bug « scandaleux » de Pôle emploi et a découvert par la même occasion que SFR était un sous-traitant de Pôle emploi.

Pour aller plus loin : « « Grincheux », circulez ! La courbe s’inverse… » (25/09/2013)

Retour sur l’audition de Michel Sapin à l’Assemblée nationale

30 Avr

Dans le cadre de la mission d’information sur Pôle emploi et le service public de l’emploi à l’Assemblée nationale, Michel Sapin, Ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, a été entendu mercredi 23 avril 2013 par la Commission des affaires sociales présidée par Dominique Dord et dont la rapporteure est Monique Iborra.

Dominique Dord débute cette audition en revenant sur l’investissement énorme dans cette mission d’information qu’il décrit comme un long périple, avec plus de 100 auditions dans toute la France pour se faire une idée non seulement sur Pôle emploi mais aussi sur l’ensemble du service public de l’emploi en se plaçant du point de vue du demandeur d’emploi.

Les constats de la mission d’information

Dominique Dord a le sentiment d’une énorme machine devant gérer 3 millions de chômeurs en situation difficile, 3 millions de situations individuelles différentes que la « grosse machine » a dû mal à prendre en compte, notamment avec des procédures très normées bloquant son intervention.

Le 2ème constat est une multiplicité des acteurs avec le sentiment un peu de flou.

Le 3ème constat est la demande aux agents de Pôle emploi et des autres secteurs d’être « multi-connaissances » sans pour autant être valorisés dans leur travail. En fait, la machine est tellement lourde, les procédures sont tellement codifiées que la capacité des agents de donner le meilleur d’eux-mêmes est sans doute un peu freinée. Lors du rendez-vous d’inscription du demandeur d’emploi, l’agent fait remplir beaucoup de formalités administratives. Il est donc peu là « en initiative ». Pourtant c’est le premier et le principal entretien.

Quant aux demandeurs d’emploi et à leurs représentants, ils sont scandalisés par la complexité des systèmes ou des calculs d’indemnisation, avec des demandeurs d’emploi qui mettent des semaines avant de savoir à quoi ils ont droit et auxquels on demande parfois de reverser des indus.

Une vraie difficulté pour le demandeur d’emploi le plus éloigné de l’emploi, le plus en difficulté est la dématérialisation. C’est un vrai sujet de préoccupation pour les associations de demandeurs d’emploi (radiation suite une absence à un entretien signalé par internet).

En outre, Dominique Dord qualifie de « parent pauvre » la chasse aux offres d’emploi qui est peu faite et la formation professionnelle de « maquis toujours aussi inextricable ».

Pour conclure, Dominique Dord a l’impression que notre mission d’information arrive au bon moment parce qu’il y a une interrogation sur la décentralisation, un projet sur la formation professionnelle et surtout une réforme en profondeur de Pôle emploi dans laquelle on peut imaginer qu’un certain nombre de réponses soit apporté.

De son côté, Monique Iborra, rapporteure, ajoute que leur mission intervient au moment du plan stratégique de Pôle emploi 2015, cette nouvelle approche de Pôle emploi, qui selon eux, va dans le bon sens et qui devra être évaluée. Leur mission se situe au moment où Pôle emploi veut pallier aux difficultés rencontrées et identifiées.

Elle précise que cette mission arrive après une fusion. Concernant le métier unique, la mission d’information a pu constater lors de leurs déplacements, que ce métier unique était une illusion et ne pouvait pas exister. La mission d’information a bien noté aussi qu’il y avait une centralisation très importante, pratiquement paralysante de l’institution, de nombreuses lourdeurs administratives. La nouvelle politique de Pôle emploi est bien de revenir sur cette centralisation ; si ce n’est décentralisation, une déconcentration.

Sur le service public de l’emploi plus globalement, la mission d’information recommande de faire une réforme.

Monique Iborra constate le foisonnement d’acteurs à tous les niveaux sans coordination réelle. Même si l’Etat est aujourd’hui responsable de l’emploi, il est difficile pour l’Etat de mettre en place ses propres politiques tant les services de l’administration en France ont subi une « cure d’amaigrissement » telle qu’elles sont en difficulté pour mettre en place les politiques de l’Etat. Chaque collectivité locale veut avoir ou a son outil propre. Les opérateurs et notamment les missions locales sont soumis à des financements multiples et variés, à des politiques multiples et variées, sans qu’il y ait réellement un pilote dans l’avion. La mission d’information pense aussi que la loi de décentralisation qui est en cours devrait pouvoir rationaliser et désigner des responsables, des chefs de file. Cela ne veut pas dire être responsable de tout mais cela veut dire donner une direction.

Question de Monique Iborra à Michel Sapin, ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social : que vous inspire l’importance des effectifs consacrés au service public de l’emploi dans son ensemble ? Si l’on additionne l’ensemble des structures repérées qui font de l’insertion professionnelle, nous arrivons à un chiffre qui contredit la dernière étude de l’IGF qui disait qu’en France les chômeurs étaient moins bien accompagnés qu’ailleurs ?

Les réponses de Michel Sapin

Depuis sa prise de fonction, Michel Sapin, Ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, a pris la mesure d’un certain nombre de graves difficultés qui sont rencontrées par les chômeurs, par les acteurs du SPE, par les salariés de ces organismes et tout particulièrement par ceux de Pôle emploi.

Durant son audition, il retrace les premières mesures prises par le gouvernement, décline le plan stratégique de Pôle emploi 2015 et insiste sur le fait que de nombreux dysfonctionnements seront solutionnés par la mise en œuvre du projet de loi de décentralisation.

Selon, Michel Sapin, Pôle emploi a été soumis à un double traumatisme. Le premier traumatisme est celui de la fusion. Cela a été une réforme très lourde qui a beaucoup désorganisé. Le second traumatisme est la montée du chômage depuis juillet 2008 qui a ajouté une surcharge à Pôle emploi en pleine fusion.

Pour pallier à ce surcroît de travail pour les agents de Pôle emploi, dès le 2 juillet, le gouvernement s’est autorisé 2. 000 CDI supplémentaires pour colmater les brèches dans un premier temps, en demandant à ce que ces 2.000 emplois ne soient affectés qu’au contact des demandeurs d’emploi pour améliorer le service rendu à ces derniers.

Pôle emploi 2015

La première chose à faire pour Michel Sapin était de conforter Pôle emploi dans sa réforme par la mise en œuvre de son plan stratégique Pôle emploi 2015, à la fois en lui donnant un soutien mais en lui allouant les moyens nécessaires.

Michel Sapin rappelle d’ailleurs les fondements de ce plan stratégique, à savoir :

  • rendre l’accompagnement plus personnalisé en définissant 3 modalités d’accompagnement
  • rendre l’opérateur plus proche de la réalité des territoires en renforçant la capacité d’action et de décision des agents de terrain
  • rendre l’opérateur résolument plus efficace en définissant des indicateurs de performances clairs et objectifs.

Le basculement vers la nouvelle offre de service de Pôle emploi s’est opéré entre février et mars dans l’ensemble des régions. En allant dans les agences, Michel Sapin a constaté du point de vue des agents qu’ils bénéficiaient enfin d’une autonomie des agents pour apprécier les situations. Il leur est désormais possible de sortir des carcans uniformes avec le même temps, la même méthode quels que soient les chômeurs concernés.

Pôle emploi modernise progressivement l’ensemble du parcours des demandeurs d’emploi. Il y a une modernisation de l’accueil avec 2 objectifs prioritaires :

  • apporter une réponse adéquate dès le premier contact quel que soit le canal d’accès qui est choisi
  • mieux intégré les différents modes d’accès et de contact en veillant à leur accessibilité et en veillant à une qualité égale des informations délivrées quel que soit le canal utilisé.

La refonte du premier entretien a pour objectif de simplifier les démarches d’inscription pour développer une approche plus globale de la situation du demandeur d’emploi. Il existe désormais 3 filières de prises en charge :

  • l’accompagnement renforcé
  • l’accompagnement guidé
  • l’accompagnement avec suivi simple.

Cette répartition des demandeurs d’emploi s’effectue en fonction du niveau d’autonomie des demandeurs d’emploi, de l’expertise du conseiller ainsi que des besoins exprimés par le demandeur d’emploi.

Par ailleurs, Pôle emploi s’inscrit dans une démarche d’expérimentation avec des équipes dédiées au contrôle de la recherche d’emploi, des conseillers dédiés à la relation entreprises ou encore au service des TPE.

Afin de conforter cette démarche, le premier ministre a encore accepté de renforcer les moyens de Pôle emploi avec 2. 000 nouveaux salariés en CDI qui seront opérationnels dans les agences dès le mois de septembre. Michel Sapin souligne que c’est un effort très conséquent représentant une augmentation de 20% des agents de Pôle emploi qui sont en charge directe des demandeurs d’emploi. Selon lui, c’est une nouvelle stratégie qui est évidemment un pilier de la politique de lutte contre le chômage du gouvernement.

Quant aux remarques faites par la mission d’information au sujet de la complexité des règles d’indemnisation du chômage, Michel Sapin se défausse sur les partenaires sociaux qui doivent renégocier la convention d’assurance chômage à compter du mois de septembre et qui seront en possession des recommandations de la mission d’information. Tant que ces procédures de simplification n’alourdissent pas le budget alloué à l’indemnisation du chômage, Michel Sapin trouvent que les futures préconisations de la mission parlementaire seront utiles aux partenaires sociaux.

Les acteurs du SPE

Michel Sapin partage le diagnostic de la mission d’information d’une multiplicité d’acteurs dont l’interaction et la coordination doivent être, « c’est une sorte d’euphémisme ministériel », largement simplifiées et renforcées.

En effet, les acteurs du SPE sont particulièrement nombreux sur nos territoires, de nature diverse, des commanditaires opérateurs, des acteurs économiques et non économiques ; leurs missions et leurs structurations le sont également ; de même que les relations fonctionnelles, coordination, coopération, co-traitance, sous-traitance et financière, ce qui est « marché » et ce qui est « hors marché ».

Tous ces acteurs font l’objet dans des proportions différentes d’un cofinancement par l’Etat, les représentants des partenaires sociaux, les collectivités territoriales et le FSE.

Les services de l’Etat, les préfets, assistés par les Direccte doivent assurer la coordination de l’action de ces structures dans le cadre de réunions du SPE aux différents niveaux territoriaux.

Il existe 3 principaux réseaux d’accompagnement : Pôle emploi et ses agences, les missions locales et les Cap emploi. Il faut également compter sur 190 maisons de l’emploi, 4 000 structures d’insertion par l’activité économique, les 180 PLIE…

Leur efficience est très disparate selon les territoires, c’est pourquoi Michel Sapin préconise de les mettre en cohérence, de rationaliser, de renforcer leur qualité et de simplifier leur accès aux usagers.

Michel Sapin attend donc non seulement les préconisations de simplification de la mission parlementaire mais aussi le rapport de l’IGAS qui sera rendu en juin. Il disposera ainsi d’une cartographie suffisamment détaillée, d’éléments de comparaison et de préconisations qui permettront d’éclairer les discussions avec les uns et les autres pour prendre des décisions et notamment lors de la prochaine grande Conférence sociale de juin.

La gouvernance du SPE

Michel Sapin confirme que le projet de loi sur la décentralisation va permettre de répondre aux dysfonctionnements évoqués par la mission parlementaire.

Il rappelle les grands axes de ces textes. Les régions se verront reconnaître une responsabilité de chef de file des acteurs de l’orientation. Elles négocieront et animeront sur leurs territoires le label régional du service de l’orientation. Bien sûr, Pôle emploi et les missions locales participeront du fait de leur mission sur le champ du conseil et de l’accompagnement des jeunes et des demandeurs d’emploi. Des conventions de coordination devront concerner les missions locales et Pôle emploi.

Ces conventions de coordination seront signées par le préfet et par le président du conseil régional, chacun sur son champ de compétences, l’Etat sur l’emploi, les régions sur l’orientation et la formation professionnelle. La loi sur la décentralisation va amplifier et conforter la compétence formation donnée, pour que Etat et régions puissent négocier et afficher des objectifs concertés qui servent la stratégie de développement du territoire.

Ces conventions constituent un outil actif de territorialisation de l’offre de service national de ces 2 grands réseaux sous le pilotage partagé Etat-régions.

Le même esprit de pragmatisme et de coordination renforcée guide la conception de la nouvelle gouvernance nationale et régionale des politiques de l’emploi, de l’orientation et de la formation professionnelle. Michel Sapin prône une politique de la formation professionnelle et celle de l’emploi qui doivent se rejoindre dans leur finalité. Trop de lieux de coordination ne fait pas une bonne coordination.

Dans ce champ de l’emploi et de la formation, il n’y a pas une légitimité mais plusieurs légitimités. Michel Sapin annonce la création d’une instance unique de consultation et de concertation qui s’appellera le Conseil de l’emploi, de l’orientation et de la formation professionnelle. Il fusionne le CNFPTLV et le CNE. Un mouvement similaire amènera à la suppression des conseils régionaux de l’emploi (CRE) pour faire du comité de coordination régional de l’emploi et de la formation professionnelle (CCREFP) l’unique instance de concertation qui sera rendue plus stratège et opérationnelle par une gouvernance rénovée, peut-être un bureau politique opérationnel resserré, des commissions permanentes en charge du suivi du contrat de plan régional, un collège des opérateurs sans droit de vote mais pour participer au diagnostic. Pôle emploi, les missions locales et l’Agefiph pourraient être représentés dans chacune de ces instances de concertation au sein d’un collège opérateur sans pour autant disposer du droit de vote.

Le projet de loi de décentralisation organise la mise en réseau nécessaire de l’ensemble des membres du SPE, du service public de l’orientation et du service public régional de la formation professionnelle. Pôle emploi s’inscrit évidemment dans cette dynamique dont le plan stratégique prévoit la territorialisation de son action qui participera au SPRFP en coordonnant ses achats de formation collectifs. C’est un point important de simplification dans la définition des besoins en formation pour les demandeurs d’emploi et dans sa mise en œuvre.

La coordination renforcée du SPE, du SPO et du SPRFP est bien la vraie ambition du projet de loi qui sera discuté cet automne au Parlement. Elle est de façon incontournable de la responsabilité de l’Etat, des régions et des partenaires sociaux. Il est absolument essentiel de permettre le pilotage et la complémentarité des démarches régionales, territoriales et nationales sectorielles de filières.

Questions diverses des députés

Bernard Perrut (UMP Rhône), Isabelle Le Callennec (UMP Ille-et-Vilaine), Gisèle Biémouret (SRC Gers) et Chaynesse Khirouni (PS Meurthe-et-Moselle) ont posé diverses questions relatives au pilotage des missions locales, à la politique territoriale, aux maisons de l’emploi, à la formation professionnelle, à l’accompagnement des personnes les plus éloignées de l’emploi et à l’accompagnement des agents de Pôle emploi.

Michel Sapin a réaffirmé sa volonté de mieux coordonner le SPE, de conforter la gouvernance et de simplifier le système tout en assurant la légitimité de chacun. Un bilan des maisons de l’emploi, des PLIE et des missions locales doit être réalisé afin de mesurer leur efficience, de trouver des axes d’amélioration tout en conservant leur spécificité.

Concernant Pôle emploi, le coût des 4. 000 effectifs supplémentaires s’élèvent à 200 millions d’euros. Pôle emploi s’est engagé à rationaliser ses coûts pour permettre le renforcement de son personnel.

Sur la formation professionnelle, Michel Sapin s’engage à rationaliser les achats de formation entre Pôle emploi et les régions afin de diminuer les coûts et la pertinence des formations choisies tout en conservant la capacité opérationnelle immédiate des conseillers de la formation de Pôle emploi.

Enfin, pour répondre partiellement à Monique Iborra sur les emplois d’avenir, Michel Sapin ne fournit pas de chiffres mais affirme que la montée du dispositif se fait selon ses prévisions. Tout le dispositif est en place.

Monique Iborra conclut cette matinée d’audition en insistant sur le fait que « Nous avons moins besoin de vitrines que de personnes qui travaillent réellement au retour à l’emploi des demandeurs d’emploi. On est d’accord là-dessus et ce n’est pas forcément ce que l’on observe. Les propositions qu’on se permettra de faire seront plutôt accès dans ce sens. Les demandeurs d’emploi ont besoin d’opérationnalité et d’accompagnement. ».

Pour aller plus loin :

Chômage : stabilisation au mois de décembre 2012

25 Jan

Après 19 mois consécutifs de hausse, le chômage se stabilise au mois de décembre 2012.

Mais ne nous emballons pas par ce ralentissement de la hausse du chômage au vu des différentes prévisions économiques pour 2013.

Crédit photo : N. Salles

Crédit photo : N. Salles

Pour l’année 2013, l’Unédic prévoit  174 000 destructions de postes, une augmentation de 185 500 chômeurs et un déficit de -18,6 milliards d’euros.

Le FMI vient de revoir à la baisse sa prévision de croissance à +0,3% (prévision remise en question par Michel S. !).

Quant à l’INSEE, elle table sur un taux de chômage de 10,5% en France métropolitaine au 2ème trimestre 2013. Ses dernières études établissent une baisse des créations d’entreprise et une dégradation du climat conjoncturel que ce soit dans les affaires, l’industrie ou l’artisanat du bâtiment.

Nous sommes donc loin du +1,5% de croissance minimum qui pourrait relancer l’économie et donc le marché du travail.

La rhétorique

Michel S., invité de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, n’a pas divulgué ce matin les chiffres du chômage selon un principe déontologique, précisant, pour les idiots auditeurs, que « ce n’est pas le Ministre du travail qui fabrique les chiffres, ce sont des instituts indépendants qui sont les seuls habilités à donner ces chiffres »….la DARES et Pôle emploi seraient donc des instituts indépendants ?!

Sur la défensive et peu à l’aise, Michel S. déclare que  « La seule chose que je voudrais dire sur cette bataille de l’emploi, c’est que ce n’est pas une bataille au mois le mois […] La question est quelle bataille sur quelle durée, parce que la bataille contre le chômage ne se gagne pas en un mois mais sur la durée […] Nous stopperons la montée du chômage et nous inverserons la courbe du chômage. ».

« Le président de la République nous a fixé une ardente obligation. C’est de faire en sorte qu’au cours de l’année 2013, nous remportions la bataille du chômage et nous allons la remporter […]  Une bataille du chômage, ça ne se gagne pas par les mots mais par les actes et les décisions. ».

« Je me souviens d’un président de la République qui nous parlait de la baisse tendancielle de la hausse du chômage […] je veux parler de baisse du chômage. C’est l’objectif et nous avons des outils : les contrats d’avenir, les contrats de génération, l’accord du 11 janvier, le crédit pour l’investissement et l’emploi. Ce sont des outils concrets qui permettront aux entreprises de recréer des emplois et au chômage de reculer. ».

Les chiffres

Le nombre de demandeurs d’emploi  de catégorie A reste stable au mois de décembre 2012 (+0,0%, soit +300 chômeurs supplémentaires) pour s’établir à 3 132 900. Sur an, il croît de +10,0%.

Le nombre de demandeurs d’emploi des catégories A, B et C augmente  légèrement de +0,2%, soit +10 200 chômeurs supplémentaires pour s’établir à 4 627 600 au mois de décembre 2012 en France métropolitaine. Sur un an, il croît de +8,8%.

Le nombre de chômeurs ayant exercé une activité réduite s’établit à 1 494 700, avec une baisse de -0,9% pour les chômeurs de catégorie B et une augmentation de +1,8% pour les chômeurs de catégorie C. Globalement, le nombre de chômeurs en activité réduite baisse de -10 100.

Le chômage des jeunes de moins de 25 ans (catégories A, B et C) et des seniors continue d’augmenter au mois de décembre 2012, +0,6% pour les moins de 25 ans et +1,0% pour les chômeurs de 50 ans et plus. Sur un an, le chômage des seniors croît de +15,2%.

Le cap des 700 000 jeunes au chômage est atteint. Quant aux seniors, la barre des 1 000 000 est bientôt atteinte avec 996 800 chômeurs au mois de décembre 2012.

Le chômage de longue durée, de 3 ans ou plus, pour les demandeurs d’emploi des catégories A, B et C, poursuit sa hausse, +1,3%, pour s’établir à 502 300 chômeurs, soit +18,6% sur un an.

Hausse du chômage prévue et coup de com’

27 Déc

Jour de publication des chiffres du chômage et jour de com’ pour François H. qui s’est rendu à l’instar de son prédécesseur avec faux effet de surprise à 4h30 au marché de Rungis saluant ainsi les travailleurs qui se lèvent tôt.FHRungis

Drapé d’une veste immaculée brodée à son nom, il a déclaré : « J’ai fait de l’année 2013 une grande bataille pour l’emploi et l’emploi, c’est partout, et notamment dans ce secteur très important qui est celui de ce que l’on appelle le gros, les intermédiaires, de ceux qui vont permettre d’avoir les meilleurs produits sur les tables et en même temps de faire vivre notre production agricole. ».

Cet écran de fumée ne fera  ni disparaître les mauvais chiffres du chômage qui augmente pour le 19ème mois consécutif, ni remonter sa cote dans les sondages.

Les chiffres

Le chômage poursuit sa hausse en novembre 2012 avec +0,9%, soit +29 300 chômeurs supplémentaires de catégorie A. Cette augmentation est moindre par rapport au mois précédent. Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A s’établit à 3 132 600. Sur un an, il croît de +10,8%.

Le nombre de demandeurs d’emploi des catégories A, B et C augmente de +0,7% (+1,6% en octobre 2012), soit +30 400 chômeurs supplémentaires pour s’établir à 4 617 400 au mois de novembre 2012 en France métropolitaine. Sur un an, il croît de +9,2%.

Le nombre de chômeurs ayant exercé une activité réduite s’établit à 1 504 800, avec une augmentation de +1,8% pour les chômeurs de catégorie B et une baisse pour les chômeurs de catégorie C.

Le chômage des jeunes de moins de 25 ans (catégories A, B et C) et des seniors continue d’augmenter au mois de novembre 2012, +0,7% pour les moins de 25 ans et +1,0% pour les chômeurs de 50 ans et plus. Sur un an, le chômage des seniors croît de +15,6%.

695 700 jeunes de moins de 25 ans et 987 100 seniors sont au chômage au mois de novembre 2012.

Le chômage de longue durée, de 3 ans ou plus, pour les demandeurs d’emploi des catégories A, B et C, augmente à nouveau, +1,3%, pour s’établir à 496 500 chômeurs, soit +19,8% sur un an.

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