Tag Archives: Indemnisation

Inverser la courbe du chômage : un pari empoisonné ?

26 Déc

Malgré une politique de l’emploi des contrats aidés, un Bug SFR/Pôle emploi et une interprétation « sapinesque » des chiffres du chômage, le gouvernement n’arrive toujours pas à inverser la courbe du chômage.

PE_26122013Face à ces mauvais chiffres, Michel Sapin est revenu de son fief d’Argenton-sur-Creuse pour une conférence de presse inédite et minutée et Jean-Marc Ayrault se déplacera demain à Lorient à l’agence Pôle emploi Lorient-Marine pour poursuivre l’évangélisation.

Quant à François Hollande, il confirme que « L’inversion de la courbe du chômage (…)  est bien amorcée »

….sauf pour les seniors dont le nombre de chômeurs de catégorie A augmente fortement ce mois-ci de +1,3%, conséquence d’un contrat de génération défaillant.

Les chiffres

Le chômage repart à la hausse au mois de novembre 2013 avec +17 800 demandeurs d’emploi de catégorie A, soit +0,5%, pour s’établir à 3 293 000. Sur un an, il croît 5,6%.

Après une forte augmentation au mois d’octobre 2013 (+60 100 chômeurs), le nombre de chômeurs en activité réduite diminue de -24 700 pour s’établir à 1 583 100. Les chômeurs en activité réduite courte, catégorie B, diminuent de -3,1% et les chômeurs en activité réduite longue, catégorie C, diminuent de -0,4%.

Au total, le nombre de demandeurs d’emploi des catégories A, B et C baisse légèrement de -0,1%, soit -6 900, pour s’établir à 4 876 100 chômeurs en France métropolitaine.

Le chômage des jeunes des catégories A, B et C diminue de -0,9% et celui des seniors augmente de +0,7%.

769 800  jeunes et 1 041 700 seniors sont au chômage au mois de novembre  2013.

Le chômage de longue durée, un an ou plus, catégories A, B et C, continue d’augmenter de +0,3% pour s’établir à 2 035 300.

Le chômage d’une durée de 3 ans ou plus poursuit également sa hausse avec +1,1%. Il atteint 582 000, soit une augmentation de +6 400 chômeurs.

Les allocataires du RSA inscrits en catégories A, B et C augmentent de +8 600  bénéficiaires pour s’établir à 808 800, soit 16,3 des demandeurs d’emploi inscrits dans ces trois catégories.

Quant aux radiations administratives, elles baissent légèrement de -9 400 radiations, contre +10 800 le mois précédent et s’établissent à 43 200.

208 200 cessations d’inscription pour défaut d’actualisation ont été comptabilisées ce mois-ci, en augmentation de + 22 700 par rapport au mois précédent.

L’écran de fumée des contrats aidés

La montée en charge des contrats aidés atteint, comme prévu, son apogée à la fin de l’année. 500 000 contrats aidés ont été conclus en 2013, dont +76 000 au 4ème trimestre. Leur durée initiale a été prorogée afin de renforcer l’inversion de la courbe du chômage d’ici la fin de l’année. Néanmoins, ces dispositifs ont des limites. Seuls les contrats aidés du secteur marchand assurent un taux d’insertion de 60,9% dans l’emploi durable (CDI, CDD de plus de 6 mois, titularisation dans la fonction publique) contre 26,6% pour les contrats aidés du secteur non marchand, selon les dernières données publiées par la Dares.

Face aux économies budgétaires, le nombre de contrats aidés diminuera en 2014 pour s’établir à 400 000.

Dès lors, le gouvernement va devoir tabler sur une reprise de l’économie en 2014 pour relancer le marché du travail. L’Insee la qualifie déjà de « poussive » et l’estime à +0,7%, toujours insuffisante pour l’emploi. En outre, l’Institut de la statistique est moins optimiste que le gouvernement et prévoit une augmentation de +0,1 point du taux de chômage à mi-2014 qui devrait s’établir à 11,0%.

Baisse relative du chômage des jeunes

Le chômage des catégories A, B et C n’enregistrant pas une baisse continue, le gouvernement appuie sa communication depuis plusieurs mois sur la baisse continue du chômage des jeunes de catégorie A.

Le chômage des moins de 25 ans a baissé de manière continue à partir du mois de mai 2013 avec -0,5% et 557 600 demandeurs d’emploi jusqu’au mois d’août 2013 avec -3,6% et 531 900 chômeurs.

Suite au bug de SFR et de Pôle emploi, le chômage des jeunes est reparti à la hausse, +3,0% et avec 547 700 demandeurs d’emploi. Selon le gouvernement, les chiffres du chômage sont donc faussés pour le mois de septembre 2013 et cette forte hausse est à relativiser.

En novembre, Michel Sapin a annoncé une baisse du chômage de 0,6% au mois d’octobre 2013 pour les demandeurs de catégorie A. Il n’évoque plus le bug qui devait s’étaler sur plusieurs mois. A y regarder de plus près, le chômage des jeunes de moins de 25 ans s’établit à 535 100 au mois d’octobre 2013 avec une forte baisse de -2,3% ; chiffres en baisse mais qui sont toujours plus élevés que ceux du mois du mois d’août 2013 avec 531 900 chômeurs.

Entre le mois d’août 2013 et le mois d’octobre 2013, le chômage des jeunes a augmenté de +3 200 demandeurs d’emploi et il repart à nouveau à la hausse en novembre 2013, +0,4%, soit +2 300 chômeurs supplémentaires pour s’établir à 537 400 chômeurs de catégorie A de moins de 25 ans.

Les chiffres du Medef

Pour le Medef, les entreprises rencontrent toujours des difficultés à recruter. La dernière enquête de l’Observatoire Tendances Emploi Compétences (TEC) du patronat pour le 3ème trimestre (Juillet-Août-Septembre 2013) auprès 40 000 entreprises de toutes tailles et de tous secteurs, a mis en évidence les constats suivants :

  • Recrutements lancés : 835 291 recrutements ont été menés au 3e trimestre 2013. Cela marque une stabilité par rapport au trimestre précédent mais ils ont été réalisés par un plus grand nombre d’établissements, majoritairement des TPE.
  • Recherches abandonnées : 132 690 recherches ont été abandonnées, chiffre en légère augmentation par rapport au trimestre précédent.
  • Recrutements menés avec difficultés : 165 667 recrutements ont été menés avec des difficultés, nombre en baisse par rapport au 2e trimestre 2013.
  • Baisse des recrutements effectifs : la baisse se poursuit, soit 702 601 postes au 3e trimestre 2013 contre 729 802 postes au 2e trimestre (rappel : 976 825 au 4e trimestre 2012), principalement dans les régions Ile-de-France, Rhône-Alpes, Champagne-Ardenne, Centre, Nord-Pas de Calais, Pays de la Loire, Bretagne, Aquitaine et Midi-Pyrénées.

Les recrutements concernent toujours les mêmes métiers (employés et agents de maîtrise de l’hôtellerie et de la restauration, cuisiniers, conducteurs de véhicules, cadres et technico-commerciaux, ingénieurs et techniciens de l’informatique).

Ces offres non pourvues sont-ils le résultat de métiers moins attrayants dans la restauration, dans l’hôtellerie, dans la conduite de véhicules sans évolution de carrière ? De certains métiers sous-payés ? D’une inadéquation des compétences des profils et des offres proposées et donc un défaut de formation ? De l’inefficience du service public de l’emploi ?….

DARES : Demandeurs d’emploi inscrits et offres collectées par Pôle emploi en novembre  2013

chomage infographie Novembre2013  copie

Publicités

Comment réduire le déficit de l’Assurance chômage ?

27 Nov

La Cour des comptes apporte de l’eau au moulin du patronat pour la prochaine négociation de la convention d’assurance chômage de 2014 par un référé de Didier Migaud rendu public mardi 26 novembre 2013 sur le régime d’indemnisation du chômage à l’issue des emplois précaires.

Crédit photo : espacedatapresse.com

Crédit photo : espacedatapresse.com

La Cour des comptes complètent ainsi ses travaux antérieurs sur le régime général de l’assurance chômage et les règles d’indemnisation spécifiques des intermittents du spectacle.

La Cour a procédé à une analyse comparative de l’indemnisation à l’issue des différentes catégories d’emplois précaires : contrats courts à durée déterminée (CDD), intérimaires et intermittents du spectacle.

Elle constate que ces règles dérogatoires accentuent le déficit de l’Unédic.

Un marché du travail défavorable

L’équilibre de l’Assurance chômage se caractérise structurellement par un solde positif des contributions reçues et des allocations versées pour les CDI et par un solde négatif pour les contrats courts (CDD, intérim, intermittent).

La crise économique de 2008 a engendré une modification du marché du travail avec une multiplicité de recours aux contrats courts plutôt qu’au CDI puis à une diminution des contrats courts, l’emploi intérimaire étant la première variable d’ajustement.

De 2008 à 2011, le solde positif des CDI est passé de 3 à 2 milliards d’euros et le solde des contrats précaires n’est plus que de 1,5 milliards d’euros.

Par conséquent, l’Assurance chômage a perçues moins de cotisations et à verser plus d’allocations suite à ces contrats précaires, agrandissant ainsi son déficit.

La Cour des comptes rappelle d’ailleurs qu’elle avait encouragé la mise en place de la taxation des CDD, dans son rapport de 2013. Les partenaires sociaux, en signant l’ANI du 11 janvier 2013, sont donc allés dans ce sens afin de résoudre la dissymétrie frappant le régime d’Assurance chômage (solde négatif pour les emplois précaires / solde positif des CDI).

L’annexe 4, un régime trop avantageux

Ce référé met en exergue que le régime des intérimaires et de certains intermittents relevant de l’annexe 4 de la convention d’assurance chômage contribue à aggraver le déficit de l’Unédic et est plus avantageux que le régime général dont relèvent les CDD.

En prenant en compte l’intermittence des contrats de travail, leur durée, l’Assurance chômage indemnise plus généreusement et plus longtemps les intérimaires et les intermittents du spectacle.

Les allocataires de l’annexe 4 peuvent exercer une activité réduite et cumuler une allocation chômage sans plafonnement (volume d’activité ou niveau rémunération). Ils déclarent d’ailleurs plus d’heures travaillées en activité réduite. Cette situation permet aux intérimaires, dont le montant d’allocation est en moyenne inférieur en raison de leur moindre nombre de jours indemnisés, d’atteindre un revenu global deux fois plus élevé que les titulaires de CDD, dans la mesure où il est composé à 70% de revenus d’activité.

Le régime des intermittents à nouveau épinglé

Il est en de même pour les intermittents du spectacle relevant des annexes 8 et 10 de la convention d’assurance chômage. En effet, comme les allocataires de l’annexe 4, les intermittents du spectacle bénéficient de l’absence de tout plafond, que ce soit pour le niveau d’activité ou pour le revenu global. En outre, ils disposent de règles plus favorables pour le calcul des jours non indemnisables déduits. Leur niveau d’indemnisation est donc relativement plus élevé, de même que leur niveau d’activité, qui est supérieur à celui des titulaires de CDD.

Les préconisations de la Cour des comptes

Selon la Cour des comptes, le régime des intermittents incite à la permittence. La Cour propose donc d’augmenter les cotisations des employeurs et de les rendre variables en fonction du recours au travail intermittent ainsi que de poursuive la démarche de différenciation entre les techniciens et les artistes.

La Cour des comptes préconise également un rapprochement des règles d’indemnisation entre le régime général et l’annexe 4. Le maintien d’un régime distinct pour les intérimaires n’apparaît ni justifié, ni équitable au regard des règles applicables aux titulaires de CDD. Elle propose de supprimer l’annexe 4 tout en conservant des règles spécifiques pour la nature discontinue de leur activité, que ce soit pour les intérimaires ou pour les CDD.

La Cour des comptes estime l’alignement des règles de l’annexe 4 sur le régime général à une économie de 300 millions d’euros pour l’Unédic. Pour 2014, l’Unédic prévoit un déficit -4,4 milliards d’euros et une situation financière de -22,3 milliards d’euros.

Cette économie de 300 millions d’euros permettrait notamment de financer les droits rechargeables issus de la loi de sécurisation pour l’emploi que doit mettre en œuvre la prochaine convention d’assurance chômage en 2014 et de repenser le dispositif d’activité réduite n’incitant pas au retour à l’emploi à temps plein. La direction générale du Trésor prône d’ailleurs la dégressivité des allocations cumulées avec un revenu d’activité.

Un patronat aux anges ?

Les préconisations de la Cour des comptes complètent celles du Medef qui veut diminuer les déficits des régimes paritaires.

Pour réduire le déficit de l’Unédic, le Medef propose notamment de diminuer le montant de l’indemnisation du chômage et de rendre à nouveau les allocations dégressives. Pierre Gattaz prône un régime de « rigueur » et un « système incitatif » de retour à l’emploi. Si rien n’est fait, la dette de l’Unédic va « atteindre 45 milliards en 2017 », le déficit se creusant de 5 milliards par an dont l’Unédic.

Un autre moyen de réduire une partie du déficit ?

Pour réduire le déficit de l’Unédic, la Cour des comptes préconise de supprimer l’annexe 4 et d’instaurer une surcotisation « employeurs » pour les contrats intermittents. Quant au Medef, il propose la diminution du montant des allocations et l’instauration de la dégressivité des allocations chômage.

Pour économiser 300 millions d’euros, ne serait-il pas possible de diminuer le bugdet annuel de fonctionnement de Pôle emploi estimé en 2013 à 5 milliards d’euros dont 3,5 milliards d’euros proviennent de l’Unédic et 1,5 milliards d’euros de l’Etat ?

Pourquoi l’effort budgétaire devrait être supporté uniquement par les demandeurs d’emploi ?

La prochaine renégociation risque d’être plus animée que la dernière qui n’était qu’une pâle reconduction de la convention d’assurance chômage de 2009.

Dans l’attente des réponses des parties prenantes dans un délai de deux mois…

Pour aller plus loin :

Emploi & pauvreté en France : le nouveau rapport du Secours Catholique

13 Nov

En partenariat avec la Fondation Crédit coopératif, le Secours Catholique publie son rapport statistique annuel 2012.

ImpressionCette année, le rapport met en exergue les difficultés d’accès au marché du travail pour les plus pauvres.

Des chiffres accablants derrière lesquels se cachent des situations personnelles, familiales tragiques et touchantes, des combats quotidiens pour vivre ou plutôt survivre, l’emploi salarié n’étant plus un abri contre la précarité.

« Emploi : quelle place pour les plus pauvres ? »

Depuis son dernier rapport de 2003 « France précaire » sur la thématique de l’emploi, le Secours Catholique constate que l’emploi est de moins en moins accessible aux personnes accueillies par l’association.

En 2012, si 56 % des personnes accueillies par le Secours Catholique sont actives, moins de 20 % sont en emploi. La proportion des personnes en emploi est à la baisse depuis 2008 et retrouve le niveau de 2003, soit moins de 19 %.

Une précarisation de plus en plus forte

De 2003 à 2012, les CDI baissent de 4,9% à 4,8%, le temps partiel augmente de 3,9% à 5,3% notamment le temps partiel subi pour les femmes seules avec enfant(s), les CDD restent stables à 1,5%, la formation professionnelle baisse de 1,5% à 1,3% et les emplois aidés sont moins accessibles passant de 2,2% à 0,7%.

Le chômage indemnisé ou en attente baisse de 14,4% à 11,7%.

La part de chômage progresse de 2,1 points entre 2008 et 2012 pour atteindre 37,5 %. Elle s’élevait à 36 % en 2003. Outre cette progression, c’est la répartition du type de chômage qui a changé : on trouve une proportion moins forte de chômeurs indemnisés en 2012 qu’en 2003. Le chômage sans droits reconnus, c’est-à-dire non indemnisé, passe de 21,6% à 25,8%, représentant un quart des personnes accueillies par le Secours Catholique.

Cela confirme que les chômeurs non indemnisés sont proportionnellement plus nombreux, au sein des actifs, à être éloignés de l’emploi. Cette proportion croît depuis 2003 (21,6 % en 2003, 22,7 % en 2008, 25,8 % en 2012) et touche toutes les tranches d’âge.

Selon le Secours catholique, le niveau de vie pour une personne en emploi est de 682 euros, pour un chômeur indemnisé 616 euros, pour un chômeur non indemnisé, il est de 472 euros et pour une personne inactive, 467 euros.

« Le taux de chômage des personnes accueillies est sept fois plus élevé que celui de la population France entière »

Pour les hommes et les femmes actifs accueillis par le Secours Catholique, le taux de chômage a augmenté depuis 2008 (65 %) pour atteindre 67,9%.

Pour les étrangers accueillis, le taux de chômage est relativement stable (+ 0,2 point par rapport à 2008), mais déjà fort élevé depuis des années, il est de 68,6 % en 2012.

Le taux de chômage des personnes accueillies par le Secours Catholique est très élevé et traduit des situations où le retour à l’emploi est complexe, il varie moins vite que le taux de chômage France entière.

Le taux de chômage des personnes accueillies est de 51 % en Île-de-France et atteint 80 % dans le Nord-Pas-de-Calais. Il varie entre 8,6 % dans les Pays de la Loire et 13,8 % dans le Languedoc-Roussillon pour la population France entière. En Île-de-France, il est de 8,6 % et de 13,4 % dans le Nord-Pas-de-Calais. Les taux inférieurs et supérieurs, France entière et Secours Catholique sont en concordance.

Dans les deux cas, la Haute-Normandie, le Nord-Pas-de-Calais, la Lorraine et la Champagne-Ardenne font face à un taux de chômage élevé. Ces régions souffrent des difficultés économiques rencontrées par leurs bassins d’emplois industriels.

Un taux d’activité en recul chez les hommes et en progression chez les femmes

En 2012, la proportion de femmes en emploi est plus forte que celle des hommes (19,5 % contre 15,8 %).

La part des chômeurs sans droits reconnus augmente de plusieurs points entre 2003 et 2012, pour les hommes (+ 4,1 points) et plus fortement encore pour les femmes (+ 5,4 points).

Un taux d’activité plus faible chez les étrangers et variant selon l’origine

Au sein des ménages étrangers rencontrés par le Secours Catholique, l’inactivité est majoritairement synonyme de non droit au travail. Elle prend une part plus ou moins importante selon l’origine des personnes accueillies.

En 2012, 58 % des ressortissants de l’Union européenne rencontrés par le Secours Catholique sont inactifs.

La part d’hommes étrangers inactifs a augmenté depuis 2008. Elle atteint un niveau de 62,6 % soit 1,4 fois plus que les hommes accueillis dans leur ensemble.

En 2008, les hommes étrangers disposaient d’un titre de séjour à 47 %, ils ne sont plus que 40 % en 2012. La baisse de la part des actifs et l’augmentation de celle des inactifs peuvent s’expliquer par l’augmentation des déboutés et sans papiers (9,6 % en 2008 contre 14 % en 2012).

Le niveau d’inactivité des hommes étrangers dépasse celui des femmes étrangères en 2012 alors que ce n’était pas le cas en 2008.

Comme pour les femmes rencontrées dans leur ensemble, la part de femmes étrangères au chômage sans droits reconnus a augmenté et elles sont plus souvent en emploi que les hommes étrangers.

Pour les deux sexes, c’est la part de chômeurs sans droits reconnus qui est la plus proche de l’ensemble de la population accueillie. Les étrangers rencontrés ont moins accès à l’emploi et donc au chômage indemnisé.

La pauvreté des enfants : conséquence du sous-emploi chez les couples

Au-delà des conséquences immédiates du sous-emploi sur la pauvreté des enfants au sein de familles monoparentales, l’effet s’observe également avec force au sein des couples selon leur situation combinée face à l’emploi.

Deux tiers des couples rencontrés sont sans emploi. Leur part augmente entre 2011 et 2012, passant de 24 % à 27,3 % de l’ensemble des couples.

Dans la population France métropolitaine le taux de pauvreté des enfants est inférieur à 5 % quand ils vivent au sein de familles où les deux adultes ont un emploi. Le risque de pauvreté est près de 14 fois plus élevé (68,9 %) quand aucun des deux adultes n’a d’emploi, ce qui correspond à la grande majorité des situations de couples accueillis par le Secours Catholique.

Le Secours Catholique déplore l’installation des ces situations face à l’emploi dans le temps des personnes accueillies, qu’elles soient en CDI (32%) ou en CDD (43%). Entre 2003 et 2012, les personnes dans ces situations de pauvreté depuis 2 ans et plus ont augmenté de 34% à 41%.

Pour aller plus loin :

Chômage : Pôle emploi, le Bug et Michel Sapin

24 Oct

Interrogé par Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1 mercredi, Michel Sapin a préparé le terrain en annonçant que les chiffres du chômage de septembre ne seraient pas bons. Il se défausse à nouveau sur Pôle emploi et le Bug de SFR.

Crédit photo : emploi.gouv.fr

Crédit photo : emploi.gouv.fr

Il ne lui reste donc plus que trois mois pour inverser la courbe du chômage sachant que la boîte à outils du gouvernement est défaillante avec 12 802 demandes d’aide au contrat de génération dont 650 déposées dans les entreprises de 50 à 300 salariés et dont 11 500 n’ont toujours pas été acceptées à ce jour.

La montée en charge de ce dispositif est très lente, voire un échec, avec +2 178 demandes d’aide enregistrées en un mois. Pourtant le gouvernement a accordé un délai supplémentaire (initialement la date limite est le 30 septembre 2013) aux entreprises de 300 salariés et plus pour conclure un accord collectif. L’objectif de 75 000 contrats de génération va être difficile à atteindre d’ici la fin mars 2014.

« Cet incident statistique a augmenté la baisse, si je puis dire, au mois d’août, il va augmenter la hausse au mois de septembre »

« Ils ne seront pas bons pour une raison très simple qui n’est pas une question de vérité. Comme vous le savez au mois d’août, il y a eu un incident statistique avec un bug SFR. […]Je l’ai dit d’ailleurs dès le mois d’août. J’ai dit le mois de septembre ne ressemblera pas au mois d’août. Si on veut regarder les tendances, prendre les deux chiffres, les mêler et on verra quelle est la moyenne […] Le Bug du mois d’août qui a donné un effet faussement positif donnera un effet ce mois-ci faussement négatif. ».

A cela s’ajoute une rhétorique très étonnante sur les difficultés économiques que rencontrent actuellement les entreprises bretonnes. Michel Sapin appelle à ne pas confondre « des drames locaux , des drames dans les entreprises avec la montée du chômage ». Pourrait-il le redire aux 900 licenciés de l’abattoir Gad Lampaul-Guimiliau qui vont nouvellement s’inscrire à Pôle emploi ? Mais étant donné que ces licenciés vont se voir proposer le contrat de sécurisation professionnelle (CSP), ils bénéficieront du statut de stagiaire de la formation professionnelle. Ils ne seront donc pas comptabilisés dans les chiffres du chômage. Ce ne sont que des drames humains invisibles et Michel Sapin peut continuer à marteler :

« Ne confondez pas ce drame là avec l’évolution du chômage, ce sont deux chiffres, bien entendu, extrêmement différents »

Bientôt les éléments de langage de Nicolas Sarkozy du mois de mars 2012 à l’antenne de France Info seront repris par Michel Sapin lorsque l’ancien président annonçait « une amélioration de la situation avec une baisse tendancielle de l’augmentation du nombre de chômeurs ».

Quant à Pôle emploi issu d’une fusion ratée entre l’ANPE et les Assédic , il n’a toujours pas trouvé ses marques et perd aujourd’hui toute crédibilité.

Les chiffres

Au mois de septembre 2013, le chômage augmente dans toutes les régions de France métropolitaine, de +10,7% en Basse-Normandie à +21,3% en Corse.

Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A connaît une forte hausse avec +60 000 chômeurs au mois de septembre  2013 pour s’établir à 3 295 700 (+1,9%). Sur un an, il croît de +8,1%.

Le nombre de demandeurs d’emploi des catégories A, B et C augmentent fortement de +54 200 chômeurs pour s’établir à 4 843 400 (+1,1%). Sur un an, il croît de +7,3%.

Les chômeurs en activité réduite longue (catégorie C) décroît ce mois-ci de -1,3% après une augmentation de +0,5% le mois précédent. Quant aux chômeurs en activité réduite courte (catégorie B), il repart à la hausse avec +1,0%, après une baisse -2,6% au mois d’août 2013. Au total, les chômeurs en activité réduite (catégories B et C) diminuent de -5 800 pour s’établir à 1 547 700.

Le chômage des jeunes et des seniors des catégories A, B et C repart à la hausse avec respectivement +1,1% et +1,2%.

774 600 jeunes et 1 023 200  seniors sont au chômage au mois de septembre  2013.

Le chômage de longue durée, un an ou plus, catégories A, B et C, augmente de +0,8% pour s’établir à 2 001 300.

Le chômage d’une durée de 3 ans ou plus poursuit sa hausse avec +1,0%. Il atteint 568 700, soit une augmentation de +5 900 chômeurs.

Les allocataires du RSA inscrits en catégories A, B et C augmentent de +23 200 bénéficiaires pour s’établir à 779 500, soit 15,9% des demandeurs d’emploi inscrits dans ces trois catégories.

1 200 chômeurs supplémentaires ont été radiés administrativement au mois de septembre 2013 pour un total de 41 800 radiations.

200 300 cessations d’inscription pour défaut d’actualisation ont été comptabilisées ce mois-ci, en diminution de -77 200 par rapport au mois précédent.

Ces chiffres sont accablants et l’embellie ne semble pas être pour tout de suite.

En effet, l’OFCE vient de publier ses perspectives économiques pour 2013-2014. Il prévoit une croissance du PIB de 0,2% en 2013 et 1,3% en 2014. Néanmoins le potentiel rebond de la croissance de la France est freiné par la rigueur budgétaire. Il aurait dû conduire à une croissance spontanée moyenne de près de 2,6 % l’an au cours des années 2013 et 2014.

Selon l’OFCE, cette croissance serait trop faible pour améliorer la situation sur le marché du travail. Le taux de chômage augmenterait régulièrement pour s’établir à 11,4 % pour la France entière fin 2014.

chomage infographie copie septembre 2013

Pour aller plus loin :

DARES : Demandeurs d’emploi inscrits et offres collectées par Pôle emploi en septembre 2013

Activité réduite : sortir des idées reçues sur les chômeurs

22 Oct

L’Unédic vient de publier une nouvelle étude sur l’activité réduite qui démontre à la fois une hétérogénéité des profils des allocataires exerçant une activité réduite mais aussi la volonté des chômeurs de travailler.

En effet, il faut sortir des idées reçues selon lesquelles les chômeurs sont passifs et profitent des allocations chômage.

Cette étude reflète au contraire la situation du marché du travail et les difficultés des femmes et des seniors de bénéficier d’un retour durable dans l’emploi.

« L’étude de l’activité réduite est totalement déterminante pour comprendre qui sont les bénéficiaires de l’Assurance chômage aujourd’hui »

Un bilan de 1995 à 2011

En 2011, 1,1 million d’allocataires de l’assurance chômage bénéficient du dispositif d’activité réduite.

53% d’entre eux ne dépassent pas les seuils du dispositif, 78 heures en activité réduite courte et 110 heures en activité réduite longue. Ils perçoivent un complément à leur salaire par le versement de l’allocation chômage.

Seulement 583 000 bénéficiaires perçoivent l’allocation chômage. Quid des 517 000 chômeurs qui ne sont pas indemnisés et qui subissent à la fois leur travail à temps partiel et les effets de seuil du dispositif ? Aucune précision n’est apportée dans l’étude.

Selon l’Unédic, les allocataires exercent en moyenne une activité réduite d’une durée de 58 heures pour une rémunération de plus de 600 euros, complétée par une indemnisation de 750 euros. Quant aux non indemnisés, ils exercent une activité réduite de 129 heures en moyenne.

En 2011, un allocataire indemnisé en activité réduite perçoit en moyenne 612 euros au titre de son activité, contre 1 559 euros pour un allocataire non indemnisé. En 1995, les allocataires percevaient 424 euros pour une durée moyen de travail de 62 heures et 1 005 euros pour les allocataires non indemnisés exerçant une activité de 122 heures en moyenne.

Pour mémoire, l’activité réduite a été créée en 1962 pour ne pas interrompre le versement des allocations durant une période d’activité professionnelle réduite ou occasionnelle. La réglementation de ce dispositif a été plusieurs fois modifiée et simplifiée. Aujourd’hui, un demandeur d’emploi peut exercer un emploi à temps partiel, d’une durée inférieure à 78 heures par mois correspondant à l’activité réduite courte (catégorie B) ou d’une durée supérieure à 78 heures par mois correspondant à l’activité réduite longue (catégorie C).

Afin de bénéficier du cumul de l’allocation chômage (ARE) et du salaire issu de l’activité réduite, la durée de travail mensuelle ne doit pas excéder 110 heures et les revenus, 70% du dernier salaire brut. Ce cumul ne peut pas excéder 15 mois, sauf pour les 50 ans et plus.

Un reflet des modifications du marché du travail

Entre 1995 et 2011, le nombre d’allocataires en activité réduite, indemnisés ou non, a plus que doublé, passant de 469 000 à 1 108 000 allocataires. Depuis 2008, correspondant au début de la crise économique, l’activité réduite a augmenté fortement de +33,8%.

En 2011, 40,5% des demandeurs d’emploi ayant ouvert un droit à l’assurance chômage ont exercé une activité réduite. Cette forte progression reflète l’évolution profonde du marché du travail par un recours plus important à l’intérim, au temps partiel et aux contrats courts.

Les intérimaires représentent 28,4% des allocataires en activité réduite indemnisés et 16,1% des allocataires en activité réduite non indemnisés.

L’évolution notable depuis 1995 parmi les bénéficiaires du cumul de l’activité réduite et de l’allocation chômage est que ce sont les seniors et les femmes indemnisés qui travaillent le plus. Auparavant c’était les jeunes de moins de 25 ans et les hommes.

Cette évolution est en adéquation avec les modifications du marché du travail qui engendrent des difficultés d’accès au premier emploi pour les jeunes et le travail à temps partiel subi par les femmes et les seniors qui ont du mal à retrouver un emploi à temps plein et à durée indéterminée.

Une supériorité des revenus à nuancer

Selon l’Unédic, les allocataires en activité réduite relevant du régime général de l’assurance chômage ont des revenus moyens supérieurs à ceux des allocataires indemnisés sans activité.

En effet, en 2011, les allocataires en activité réduite perçoivent grâce au cumul en moyenne 34% de plus, soit 1 469 euros par rapport aux allocataires indemnisés touchant en moyenne 1 093 euros par mois.

Par ailleurs, au sein de l’activité réduite, les allocataires non indemnisés ont des revenus supérieurs aux bénéficiaires du cumul sur la période 1995-2011.

Néanmoins, les femmes touchent 1 254 euros en cumulant indemnité chômage et revenus professionnels, bien moins que les hommes avec 1 561 euros. Ce delta de 307 euros est la conséquence de l’inégalité professionnelle hommes-femmes. Selon l’étude, les femmes travaillent plus que les hommes mais leur salaire antérieur servant au calcul des allocations chômage est plus faible.

Quant aux allocataires en activité réduite qui dépassent les seuils, les différences de revenus d’activité entre les hommes et les femmes ont considérablement augmenté sur la période 2000-2011.

Activités « reprise » ou « conservée »

En 2011, 90 000 bénéficiaires du cumul d’allocation avec un salaire, soit 15,1%, sont indemnisés au titre d’une activité perdue mais ils poursuivent une autre activité professionnelle dite « conservée ». Ces activités « conservées » ont progressé de 10,6% à 15,1% en une dizaine d’années.

Les autres, représentant 78,9%, exercent une activité « reprise » , qui a débuté après la perte de leur précédent emploi.

A nouveau, ce sont les femmes (18,8%) et les seniors (23,3%) qui sont le plus concernés par l’exercice de l’activité réduite « conservée » témoignant de la précarisation de leurs emplois.

Profils des allocataires en activité réduite

  • ce sont majoritairement des femmes : leur nombre a quasiment doublé de 1995 à 2011, passant de 22,4% à 42,5%. Les femmes subissent davantage le travail à temps partiel.
  • le nombre de seniors en activité a triplé, passant de 9,9% en 1995 à 34,2% en 2011.
  • 65,2% des intérimaires indemnisables sont en activité réduite en 2011 (annexe 4 de la convention d’assurance chômage)
  • 83,4% des intermittents du spectacle indemnisables sont en activité réduite en 2011 (annexes 8 et 10 de la convention d’assurance chômage)
  • les sorties des listes de Pôle emploi sont plus fréquentes parmi les personnes qui ne cumulaient pas une allocation avec leur revenu d’activité (40 %) que parmi les bénéficiaires du dispositif de cumul (34 %)

unedic-shema-allocataires-activite-reduite2-02.png

Pour aller plus loin :

%d blogueurs aiment cette page :