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28 Oct

La conférence ReAct organisée par le Parlement européen s’est tenue au Palais de la Porte Dorée le 15 octobre dernier. Elle inaugure un cycle de conférences-débats interactives dans le cadre de la campagne d’information pour les élections européennes de mai 2014.

Au programme de cette première conférence, une réflexion a été menée sur l’emploi en Europe qui est une urgence économique et sociale. Selon les dernières statistiques publiées par Eurostat, 26,595 millions d’hommes et de femmes étaient au chômage en août 2013 dans l’UE28 (10,9%), dont 19,178 millions dans la zone euro (12%).

Parmi eux, 5,499 millions de jeunes de moins de 25 ans étaient au chômage dans l’UE28, dont 3,457 millions dans la zone euro. En août 2013, le taux de chômage des jeunes s’est élevé à 23,3% dans l’UE28 et à 23,7% dans la zone euro, contre respectivement 23,1% et 23,4% en août 2012.

Véronique Auger, Rédactrice en Chef et présentatrice du magazine hebdomadaire « Avenue de l’Europe », a orchestré les débats avec la participation de Pervenche Berès, députée et présidente de la commission de l’emploi et des affaires sociales du Parlement européen, Pierre Cahuc, notamment membre du Conseil d’analyse économique du Premier Ministre, Jean-Marc Borello, fondateur de Groupe SOS et désormais Vice-président du Mouvement des entrepreneurs sociaux et Alexandre Malsch, cofondateur et directeur général de Meltygroup.

Le Parlement européen a voulu une approche interactive du débat à la fois en munissant l’assistance de boîtiers pour répondre aux questions posées, en diffusant en direct la conférence sur Youtube et en relayant les commentaires et les interrogations des internautes via Twitter avec le #React.

Pervenche Berès, une femme de combats

1381440_10152015286468825_319348143_nPervenche Berès, députée européenne depuis 1994, a introduit cette conférence-débat sur l’emploi. Elle évoque son combat pour lever davantage de fonds pour financer le social en Europe et pour lutter contre le chômage. Si l’Europe veut gagner la bataille de la mondialisation, alors elle doit valoriser « la qualité de son capital humain ».

Depuis la crise, de nombreux déséquilibres macroéconomiques coexistent dans la zone euro. P. Berès déplore que ce déséquilibre ne soit regardé que du point de vue économique. Face aux seuils en matière de chômage qui sont insupportables, P. Berès apprécie enfin que l’on vienne regarder ce qu’il se passe en matière d’emploi. En 2007, l’écart entre le taux de chômage le plus bas et le taux de chômage le plus haut était de 1 point. Cet écart passe à 10 points à fin 2012. P. Berès insiste sur le fait qu’avec l’euro, l’Europe a perdu une marge de manœuvre et que « si on ne décide pas de faire de la lutte pour l’emploi une priorité, cela ne se fera pas tout seul ». Quand bien même des investissements sont réalisés en Europe, ils sont très capitalistiques et non créateurs d’emploi. Pervenche Berès dénonce ce raisonnement.

La députée européenne propose de changer de raisonnement et explique une des mesures concrète en cours de mis en œuvre pour l’emploi des jeunes. Cette mesure, créée en juin 2013, va concerner 12 départements en France, s’adresse aux jeunes qui ne sont pas en formation, ni en apprentissage et qui n’ont pas d’emploi, au bout de 4 mois où ils sont dans cette situation doivent se voir proposer une formation ou un apprentissage ou un emploi avec une aide co-financée par l’Etat-membre et l’Union européenne.

C’est un grand changement pour l’Europe car auparavant pour faire face à ces chocs, l’Union européenne utilisait des fonds structurels. Là, pour la première fois, il est créé un instrument d’une nature un peu différente qui est les prémices de cette fameuse dimension sociale de l’Union économique et monétaire pour lequel beaucoup de députés se battent.

Pervenche Berès insiste en demandant à l’Union européenne de prendre en compte des indicateurs sociaux et d’en tirer les conséquences. Elle demande pourquoi l’article 9 du traité de Lisbonne n’est jamais utilisé. Cet article prévoit qu’à chaque fois que l’Europe mène une politique, elle doit mesurer son impact en matière sociale. C’est donc un des enjeux majeurs de la campagne électorale européenne qui va débuter.

Face à ces forts taux de chômage, la députée européenne indique que l’Europe a pris conscience de ce problème pouvant créer des foyers populistes anti-euro. Le consensus s’est fait autour de l’emploi des jeunes. C’est la raison pour laquelle en février 2013, une initiative en faveur de l’emploi des jeunes a été prise permettant de dégager 6 milliards d’euros pour financer dans les pays ou les régions où le taux de chômage des jeunes atteint 25%. Pervenche Berès s’est battue pour que l’âge des jeunes pris en compte soit les moins de 30 ans et non plus les moins de 25 ans. Elle a eu gain de cause auprès de l’Union européenne. En effet, à 30 ans, certains rentrent à peine sur le marché du travail et non pas encore des ressources pour leur assurer une qualité de vie descente.

Sur le smic européen, P. Berès est dans l’attente des discussions d’Angela Merkel avec le SPD afin de pouvoir mettre en place une grande coalition.

Enfin, P. Berès termine cette vaste réflexion sur la démocratie sociale qui sera au cœur des prochains débats au Parlement et qui nécessite l’engagement de tous les partenaires sociaux.

Pierre Cahuc, une théorie provocatrice

Pierre Cahuc a présenté une étude issue d’une enquête « World value survey » et a une approche plutôt théorique de la situation du marché du travail.

Il part du constat qu’il y a une grande diversité des situations d’emploi en Europe et que ces situations de fort taux de chômage perdurent la plupart du temps depuis 20 ans.

Face à ses différences de réglementation du travail et des licenciements, des institutions, de l’assurance chômage, de la performance des marchés du travail, la politique européenne pour l’emploi dispose à la fois d’un budget restreint et des moyens légaux d’intervention limités.

La Commission européenne joue donc un rôle de coordination et de conseil. Dans ce cadre, elle émet des avis sur l’assurance chômage, le dialogue social, le chômage partiel… en essayant de fixer des objectifs adaptés à chaque pays et à accroître les taux d’emploi.

Dans ce rôle de recommandation, la politique européenne essaye de prendre en compte les spécificités de chaque pays. Ces spécificités sont difficiles à prendre en compte car elles sont très différentes et très enracinées.

Pierre Cahuc évoque que la diversité culturelle des pays a été un obstacle à la mise en œuvre de la politique européenne de flexisécurité. La flexisécurité repose sur deux piliers, une assurance chômage généreuse avec un service public de l’emploi bien organisé et un système de protection de l’emploi très flexible.

Suite au rapport sur la flexisécurité de 2007, Pierre Cahuc évoque les difficultés qu’il a rencontrées. Pourquoi était-il si difficile de faire passer des idées qui semblent « bonnes » mais difficiles à mettre œuvre dans certains pays ?

Pierre Cahuc a constaté qu’en Europe, il existe une grande hétérogénéité des attitudes civiques ne permettant pas de mettre œuvre la flexisécurité.

Ces attitudes civiques peuvent être mesurées à partir d’enquêtes. Dans le cadre de l’enquête « World value survey », les questions posées font ressortir un degré de civisme différent pour des gens ayant la même religion, les mêmes revenus, les mêmes niveaux d’éducation, le même âge. On s’aperçoit qu’on retrouve le même type de différence et des spécificités fortement nationales qui perdurent depuis les années 80 dans ces pays.

Ces attitudes civiques sont très corrélées aux institutions du marché du travail. En effet pour un système d’assurance chômage efficace, il faut avoir une administration qui fonctionne bien, des bénéficiaires de l’assurance chômage qui respectent les règles et qu’il soit facile de faire respecter ces règles grâce à un ensemble de normes sociales qui sont en vigueur dans ces pays. Plus ces règles sont difficiles à mettre en œuvre, plus il est coûteux d’être trop généreux dans le système d’assurance chômage. Dans ce cas, il est aisé de comprendre qu’il est plus efficace de protéger les emplois.

Pierre Cahuc constate que dans les pays où il y a une attitude civique élevée, comme le Danemark, ces pays ont un niveau de flexisécurité important. A contrario, dans les pays où le niveau civique est moindre, il est donc plus coûteux de les faire passer d’un emploi à un autre et il faut en priorité protéger les emplois. Il sera difficile de leur verser une allocation chômage généreuse.

Dans les pays où l’attitude civique est élevée, ils ont adopté une politique d’assurance chômage généreuse et une protection de l’emploi moins élevée. Selon Pierre Cahuc, la mise en œuvre de la flexisécurité dépend du niveau de civisme du pays qui permet d’avoir un taux de chômage plus faible.

Dans les pays où les attitudes civiques se sont plus dégradées par rapport au Danemark, ces pays ont opté pour une assurance chômage moins généreuse et une protection de l’emploi de plus en forte en plus forte. Cette évolution va à contre-courant des préconisations de l’Union européenne mais elles semblent liées à des fondamentaux. Les contraintes sont liées au fonctionnement de chaque pays.

Pierre Cahuc évoque l’exemple du taux de portefeuilles rapportés lorsqu’on en jette un dans la rue. Au commissariat, on s’aperçoit que le taux de portefeuilles rapportés avec 100 euros est beaucoup plus faible dans les pays où le taux de civisme « déclaratif » est bas que dans les pays où le taux de civisme « déclaratif » est élevé.

Ces enquêtes nous renseignent sur des caractéristiques importantes des pays, « même si ce n’est pas toujours agréable à entendre » ajoute Pierre Cahuc.

Pour pouvoir agir sur la situation de chaque pays, il faut mener des actions en profondeur. Une des premières actions en profondeur est l’éducation qui joue un rôle important pour avoir accès au marché du travail mais aussi pour modeler les attitudes civiques.

Là aussi, il y a une grande hétérogénéité en Europe. Les méthodes d’éducation sont diverses et elles-mêmes associées aux attitudes civiques. Elles sont liées à la modélisation des institutions plus ou moins favorables à l’emploi. Tout ceci est très défavorable aux pays du Sud de l’Europe.

Néanmoins, il ne faut pas imiter à tout prix les modèles du Nord de l’Europe. En effet les liens familiaux sont plus forts dans le Sud de l’Europe.

L’enseignement que l’on doit tirer de cette grande hétérogénéité, est qu’ au sein de chaque pays les attentes et les possibilités de mettre en place des institutions sont très différentes. Il est donc très difficile de penser à une recette qui soit adaptée à tous les pays. Il faut donc rentrer en profondeur dans les spécificités de chaque pays pour comprendre non seulement ce qu’on peut changer mais aussi ce que l’on veut changer. Pierre Caguc ajoute « si je prends l’exemple des attitudes civiques , il est évident qu’il vaut mieux vivre dans un pays où les attitudes civiques ont un niveau élevé. Lorsqu’on pense aux valeurs familiales, cela se discute beaucoup plus. Certains personnes préfèrent rester plus longtemps au sein de la famille et sans emploi. Il faut prendre en compte également ce type de choix. ».

Certes les résultats de cette étude peuvent apparaître comme choquants mais il faut les prendre en considération dans la mise oeuvre des politiques de l’emploi au niveau européen.

Suite à cet exposé du civisme et de son impact dans l’accès du marché à l’emploi grâce à l’obtention de diplôme, Pierre Cahuc n’a pas répondu à une personne de nationalité espagnole, politologue, bénévole et chômeur, comme il se présente, qui parle plusieurs langue, qui est diplômé, qui s’est formé, qui a voyagé et appréhendé l’Europe et pourtant qui est au chômage. Pour ce débateur la vraie réponse au chômage des jeunes est de leur donner des opportunités.

Pierre Cahuc éludera la question et n’apportera pas de réponse à cette personne d’un haut niveau de civisme.

Jean-Marc Borello, un homme de valeurs

L’intervention de Jean-Marc Borello contraste fortement avec celle de Pierre Cahuc par son pragmatisme. Jean-Marc Borello, avec une gouaille chaleureuse, sans notes, témoigne de ses combats et de ses investissements quotidiens.

« L’entreprise sociale peut-elle être une réponse à la crise en Europe ? »

jmb_-57450L’entrepreneuriat social est une notion plutôt récente qui sera bientôt défini par une loi issue du ministère de Benoît Hamon. Cette loi permettra de poser un certains nombres de principes dont des principes juridiques de l’économie sociale et solidaire et au-delà de l’entrepreneuriat social.

A noter que l’économie sociale et solidaire représente 10% du PIB et 12% de l’emploi.

Jean-Marc Borello définit l’entreprise sociale dans le sens d’une entreprise avec un fort impact sociétal, d’ailleurs « le ministre en question étant bien positionné à Bercy ».

L’entreprise sociale, à l’instar du Groupe SOS fondé par Jean-Borello, a trois objectifs permanents : son impact économique (11 000 salariés et 600 000 millions d’euros de chiffre d’affaires pour le Groupe SOS), un impact social qu’il faut mesurer, de mieux en mieux, avec de nouveaux indicateurs, et un impact environnemental. Globalement, l’entreprise sociale est une entreprise qui est autant attachée à son impact économique, social qu’environnemental.

L’entreprise est une solution si l’entreprise se soucie de son impact sociétal et environnemental. De plus en plus de grandes entreprises tendent à mesurer « leurs externalités positives ou négatives ». C’est ce que propose l’ouvrage collectif « L’entreprise du XXIè siècle sera sociale (ou ne sera pas) » auquel Jean-Marc Borello a participé. Si le chef d’entreprise n’est pas « vertueux » en se souciant de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux, il met son entreprise en danger. Quand on sait la valeur de la marque pour tous les grands groupes du monde, on ne peut plus prendre le genre de risque de « faire fabriquer des baskets par des enfants en Chine », information qui peut vite être viralisée par internet et les réseaux sociaux.

Jean-Marc Borello insiste sur le fait que l’économie sociale a été contra-cyclique durant la crise économique. Les entreprises sociales ont recruté. D’ailleurs le Groupe SOS a 25% de croissance annuelle. Sur ces 7 dernières années, le Groupe SOS a une croissance interne de 10 à 15% et de 10 à 15% de croissance externe, c’est-à-dire de fusions-acquisitions, de rachats d’entreprises en difficulté.

En France, 400 000 emplois de cadres seront disponibles dans les 5 années qui viennent juste pour remplacer les personnes qui vont être à la retraite. Les jeunes polyglottes, diplômés ont un avenir dans l’entreprise sociale.

En effet, ce secteur s’est professionnalisé depuis les premiers militants, politiques, associatifs ou syndiqués qui ont débuté les entreprises sociales, laissant place à la relève issue d’HEC, de Sciences Po ou Polytechnique qui ont envie de donner un sens à leur carrière.

Le Groupe SOS a une gestion privée et une croissance continue. Il gère des hôpitaux privés non lucratifs, des maisons de retraites, des établissements de protection sociale ou judiciaire de la jeunesse, des gros dispositifs d’emploi et des dispositifs de solidarité, d’hébergement et d’accueil des handicapés.

Il investit également dans les entreprises d’insertion par l’activité économique (IAE) qui s’adressent aux personnes les plus éloignées de l’emploi et obtient un taux d’entrée dans l’emploi de 65%.

Pour Jean-Marc Borello, on a aujourd’hui la possibilité d’une économie différente. Il s’agit bien d’inventer un modèle économique qui soit au service de l’individu et de se poser la question : est-ce que l’entreprise peut-être un lieu d’inclusion sociale et non pas d’exclusion sociale comme « l’école qui passe son temps à sélectionner les meilleurs et à éjecter ceux qui sont d’abord les mauvais, puis les moins bons » ?

Cette inclusion sociale doit être prise en compte et mesurer grâce à des indicateurs.

L’entrepreneuriat social est pris de plus en plus au sérieux et pas uniquement en France. Le Groupe SOS est présent à Séoul. Il existe une alternative à la manière de faire de l’économie afin de renforcer l’intérêt général et donc de retrouver un emploi et de la garder.

Les entreprises sociales sont très présentes en Europe sous des modèles légèrement différents. Il n’y en a pas en Grèce.

Avec l’appui de Michel Barnier, l’Europe va mieux prendre en compte l’entrepreneuriat social dans ses financements de 2014.

Alexandre Malsch, le champ des possibles

1393477_10152014674798825_1430754877_nLa conférence se termine par une note de fraîcheur, de jeunesse arrosée de « cool » et de « truc » mais avec une expertise très concrète de ce jeune entrepreneur de 28 ans, Alexandre Malsch.

Derrière ce langage très personnel se cache un véritable entrepreneur qui aurait bien des leçons à donner aux managers Top and Down, fan de leur pouvoir en détenant l’information et en se réservant l’opportunité d’avoir des idées.

Alexandre Malsch est tout le contraire. Il est intelligent et s’entoure de personnes qui peuvent être autonomes et se fédérer pour leur entreprise. Il témoigne de sa bataille, des écueils qu’il a recontrés pour créer Melty.

Melty est rentable en 2010 avec 1,2 millions d’euros de chiffre d’affaires, 2,3 millions d’euros de CA en 2012 et 4,3 millions d’euros de CA en France en 2013. Melty s’est développé en 6 medias, avec 70 salariés, une soixantaine de free-lance. Melty est présent France, en Italie et en Espagne. 1,5 millions d’internautes en Italie et 1 millions en Espagne. A la fin de l’année, Melty va se déployer au Brésil et en Allemagne. Au total 27 millions d’internautes consultent Melty par mois. Entre 300 et 500 articles et 230 heures de vidéo sont produits chaque jour.

La moyenne d’âge des salariés est de 27 ans. 35 personnes ont été recrutées cette année. En 2012, 24 rédacteurs de moins de 25 ans ont été embauchés.

Alexandre Malsch dénonce la lourdeur des démarches administratives et aussi l’épée de Damoclès qui plane sur son entreprise à chaque renouvellement de loi de finances avec des modifications constantes de la réglementation fiscale qui freinent les investissements.

En revanche, en travaillant avec le Brésil et la Chine, A. Malsch s’est rendu compte de la simplification et la transparence des démarches administratives dans l’Union européenne.

C’est une belle vision de l’entrepreneuriat à moins de 30 ans et un moteur pour les jeunes au chômage qui auront envie de créer leur entreprise.

Les prochaines conférénces ReACT auront lieu à Varsovie le 14 novembre (sur le rôle de l’Union européenne dans le monde), à Francfort le 5 décembre (sur la solidarité financière entre pays européens), puis à Rome le 23 janvier (sur la qualité de vie en Europe) et enfin à Madrid le 20 février (sur la crise économique).

Pour aller plus loin :

Activité réduite : sortir des idées reçues sur les chômeurs

22 Oct

L’Unédic vient de publier une nouvelle étude sur l’activité réduite qui démontre à la fois une hétérogénéité des profils des allocataires exerçant une activité réduite mais aussi la volonté des chômeurs de travailler.

En effet, il faut sortir des idées reçues selon lesquelles les chômeurs sont passifs et profitent des allocations chômage.

Cette étude reflète au contraire la situation du marché du travail et les difficultés des femmes et des seniors de bénéficier d’un retour durable dans l’emploi.

« L’étude de l’activité réduite est totalement déterminante pour comprendre qui sont les bénéficiaires de l’Assurance chômage aujourd’hui »

Un bilan de 1995 à 2011

En 2011, 1,1 million d’allocataires de l’assurance chômage bénéficient du dispositif d’activité réduite.

53% d’entre eux ne dépassent pas les seuils du dispositif, 78 heures en activité réduite courte et 110 heures en activité réduite longue. Ils perçoivent un complément à leur salaire par le versement de l’allocation chômage.

Seulement 583 000 bénéficiaires perçoivent l’allocation chômage. Quid des 517 000 chômeurs qui ne sont pas indemnisés et qui subissent à la fois leur travail à temps partiel et les effets de seuil du dispositif ? Aucune précision n’est apportée dans l’étude.

Selon l’Unédic, les allocataires exercent en moyenne une activité réduite d’une durée de 58 heures pour une rémunération de plus de 600 euros, complétée par une indemnisation de 750 euros. Quant aux non indemnisés, ils exercent une activité réduite de 129 heures en moyenne.

En 2011, un allocataire indemnisé en activité réduite perçoit en moyenne 612 euros au titre de son activité, contre 1 559 euros pour un allocataire non indemnisé. En 1995, les allocataires percevaient 424 euros pour une durée moyen de travail de 62 heures et 1 005 euros pour les allocataires non indemnisés exerçant une activité de 122 heures en moyenne.

Pour mémoire, l’activité réduite a été créée en 1962 pour ne pas interrompre le versement des allocations durant une période d’activité professionnelle réduite ou occasionnelle. La réglementation de ce dispositif a été plusieurs fois modifiée et simplifiée. Aujourd’hui, un demandeur d’emploi peut exercer un emploi à temps partiel, d’une durée inférieure à 78 heures par mois correspondant à l’activité réduite courte (catégorie B) ou d’une durée supérieure à 78 heures par mois correspondant à l’activité réduite longue (catégorie C).

Afin de bénéficier du cumul de l’allocation chômage (ARE) et du salaire issu de l’activité réduite, la durée de travail mensuelle ne doit pas excéder 110 heures et les revenus, 70% du dernier salaire brut. Ce cumul ne peut pas excéder 15 mois, sauf pour les 50 ans et plus.

Un reflet des modifications du marché du travail

Entre 1995 et 2011, le nombre d’allocataires en activité réduite, indemnisés ou non, a plus que doublé, passant de 469 000 à 1 108 000 allocataires. Depuis 2008, correspondant au début de la crise économique, l’activité réduite a augmenté fortement de +33,8%.

En 2011, 40,5% des demandeurs d’emploi ayant ouvert un droit à l’assurance chômage ont exercé une activité réduite. Cette forte progression reflète l’évolution profonde du marché du travail par un recours plus important à l’intérim, au temps partiel et aux contrats courts.

Les intérimaires représentent 28,4% des allocataires en activité réduite indemnisés et 16,1% des allocataires en activité réduite non indemnisés.

L’évolution notable depuis 1995 parmi les bénéficiaires du cumul de l’activité réduite et de l’allocation chômage est que ce sont les seniors et les femmes indemnisés qui travaillent le plus. Auparavant c’était les jeunes de moins de 25 ans et les hommes.

Cette évolution est en adéquation avec les modifications du marché du travail qui engendrent des difficultés d’accès au premier emploi pour les jeunes et le travail à temps partiel subi par les femmes et les seniors qui ont du mal à retrouver un emploi à temps plein et à durée indéterminée.

Une supériorité des revenus à nuancer

Selon l’Unédic, les allocataires en activité réduite relevant du régime général de l’assurance chômage ont des revenus moyens supérieurs à ceux des allocataires indemnisés sans activité.

En effet, en 2011, les allocataires en activité réduite perçoivent grâce au cumul en moyenne 34% de plus, soit 1 469 euros par rapport aux allocataires indemnisés touchant en moyenne 1 093 euros par mois.

Par ailleurs, au sein de l’activité réduite, les allocataires non indemnisés ont des revenus supérieurs aux bénéficiaires du cumul sur la période 1995-2011.

Néanmoins, les femmes touchent 1 254 euros en cumulant indemnité chômage et revenus professionnels, bien moins que les hommes avec 1 561 euros. Ce delta de 307 euros est la conséquence de l’inégalité professionnelle hommes-femmes. Selon l’étude, les femmes travaillent plus que les hommes mais leur salaire antérieur servant au calcul des allocations chômage est plus faible.

Quant aux allocataires en activité réduite qui dépassent les seuils, les différences de revenus d’activité entre les hommes et les femmes ont considérablement augmenté sur la période 2000-2011.

Activités « reprise » ou « conservée »

En 2011, 90 000 bénéficiaires du cumul d’allocation avec un salaire, soit 15,1%, sont indemnisés au titre d’une activité perdue mais ils poursuivent une autre activité professionnelle dite « conservée ». Ces activités « conservées » ont progressé de 10,6% à 15,1% en une dizaine d’années.

Les autres, représentant 78,9%, exercent une activité « reprise » , qui a débuté après la perte de leur précédent emploi.

A nouveau, ce sont les femmes (18,8%) et les seniors (23,3%) qui sont le plus concernés par l’exercice de l’activité réduite « conservée » témoignant de la précarisation de leurs emplois.

Profils des allocataires en activité réduite

  • ce sont majoritairement des femmes : leur nombre a quasiment doublé de 1995 à 2011, passant de 22,4% à 42,5%. Les femmes subissent davantage le travail à temps partiel.
  • le nombre de seniors en activité a triplé, passant de 9,9% en 1995 à 34,2% en 2011.
  • 65,2% des intérimaires indemnisables sont en activité réduite en 2011 (annexe 4 de la convention d’assurance chômage)
  • 83,4% des intermittents du spectacle indemnisables sont en activité réduite en 2011 (annexes 8 et 10 de la convention d’assurance chômage)
  • les sorties des listes de Pôle emploi sont plus fréquentes parmi les personnes qui ne cumulaient pas une allocation avec leur revenu d’activité (40 %) que parmi les bénéficiaires du dispositif de cumul (34 %)

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Pour aller plus loin :

Le chômage : le 20ème critère de discrimination ?

9 Oct
defenseurdesdroits.fr

defenseurdesdroits.fr

Le chômage deviendrait-il le 20ème critère de discrimination non encore prohibé par la loi ?

En effet, le Défenseur des droits est chargé de lutter contre la discrimination dans le domaine de l’emploi, du logement, de l’éducation et de l’accès aux biens et services, sur la base de 19 critères prohibés par la loi.

L’enquête « Perception des discriminations par les demandeurs d’emploi » menée par l’Ifop à la demande de Dominique Baudis, Défenseur des Droits et de l’OIT révèle que 9 demandeurs d’emploi sur 10 déclarent que les discriminations à l’embauche sont fréquentes.

Cette enquête a été réalisée auprès de 1 004 demandeurs d’emploi âgé de 18 ans et plus résidant en France entière et de 502 demandeurs d’emploi, âgés de 18 ans et plus, résidant en ZUS.

Le phénomène de discrimination est renforcé par la crise économique qui frappe la France depuis la mi-juillet 2008. 84% des demandeurs d’emploi de la France entière (79% en ZUS) l’ont constaté dont 48% de seniors.

93% des chômeurs de la France entière et 95% des chômeurs résidant en ZUS estiment qu’il est important de lutter contre les discriminations à l’embauche.

Les principaux facteurs de discrimination

A compétences égales avec le meilleur candidat lors d’un recrutement, les chômeurs de la France entière interrogés ont classé ces facteurs comme des inconvénients de la manière suivante :

  • être enceinte pour 89%  : ce résultat n’est pas étonnant au vu des questions dont j’ai été « victime » lors de différents entretiens d’embauche : « Vous n’êtes pas enceinte ? Vous ne comptez pas tomber enceinte durant l’année ? Vous avez des enfants, vous avez des solutions de garde quand ils sont malades ? »
  • être un senior pour 85%
  • être une personne obèse pour 79%
  • être une personne transidentitaire pour 73%
  • être une personne handicapé pour 72%
  • être pauvre pour 50% des chômeurs en ZUS (moins de 965 euros par mois pour une personne seule)

Concernant la couleur de la peau, la consonance étrangère du patronyme, la résidence en ZUS, la nationalité étrangère, la religion, 66% à 71% des chômeurs considèrent avoir été victime de ces discriminations.

Honteux d’être chômeur ?

Ce qui ressort de cette étude, c’est que 56% des demandeurs d’emploi interrogés dans la France entière déclare que le statut de « chômeur » est discriminant. Faudrait-il être toujours en activité pour postuler à une offre d’emploi et pour être considéré avec respect lors d’un entretien d’embauche ?

La question sur les chômeurs de longue durée n’a pas été posée. Pourtant, c’est un facteur très discriminant lors de l’entretien d’embauche et c’est souvent la première question du recruteur « Mais pourquoi êtes-vous au chômage depuis plus d’un an ? ». Une volonté ? Un choix ? Une méthodologie de recherche d’emploi défaillante ? ». A cet instant, le recruteur est déjà en train de remettre en question vos aptitudes physiques et psychologiques à travailler en entreprise.

Deviennent également des inconvénients lors d’un entretien d’embauche le fait d’être une femme (42%), d’avoir des enfants (54%) et d’être syndiqué (53%). Que penser des candidats qui cumulent tous ces inconvénients ? Deviendraient-ils des barrières voire un handicap à l’embauche ?

Les conséquences du défaut d’information

90% des demandeurs d’emploi déclarent ne pas avoir été informés sur leurs droits contre les discriminations à l’embauche.

Cette enquête montre que ces discriminations sont récurrentes (37% en France entière et 29% en ZUS) et à moins d’enregistrer l’entretien d’embauche il est difficile de prouver que le candidat a été victime de discrimination. C’est parole contre parole.

71% des demandeurs d’emploi résidant en ZUS dont 79% de femmes déclarent avoir été victimes de discriminations à l’embauche (69% en France entière dont 81% possédant le BAC).

Pour les chômeurs résidant en ZUS, c’est à la réception ou à l’examen du CV que 52% d’entre eux ont été victimes de discrimination.

Il n’est donc pas évident de trouver un emploi à la fois dans ce contexte économique défaillant, un marché du travail sclérosé et face à certains recruteurs qui vous jugent selon leur prisme étroit de l’esprit.

Face à ces discriminations, 52% des chômeurs déclarent activer leur réseau personnel pour trouver un emploi. 46% d’entre eux semblent découragés et remettent à plus tard ou abandonnent leur recherche d’emploi.

A noter que la restitution de cette enquête sera suivie de la signature par les intermédiaires de l’emploi de l’engagement « Ensemble pour l’égalité dans le recrutement » : ces derniers s’engagent à lutter contre les discriminations et à favoriser l’égalité des chances dans l’accès à l’emploi.

Affaire à suivre…

« Déchiffrage » : la nouvelle revue économique d’ARTE

30 Sep

ARTE lance une nouvelle revue documentaire économique le 1er octobre à 22H35

Le monde économique et son jargon vont enfin devenir accessibles et intelligibles.

FMI, BCE, Triple A, Libor, CDS, TVA, G20… L’économie s’enveloppe d’abréviations mystérieuses et de sigles compliqués. Mais derrière cet étrange alphabet se cachent quelques-uns des grands enjeux de notre temps. Et si on se les réappropriait ?

« Déchiffrage », revue économique de grand format, veut aider le plus grand nombre à comprendre les enjeux de l’économie d’aujourd’hui.

Ce premier numéro traitera de « La Croissance, à quel prix ?».

Entre les partisans de la croissance à tout crin et ceux qui lui préfèrent une pause, pas facile de s’y retrouver. Ce premier numéro réalisé par Jacques Goldstein et Anne Kunvari, « Déchiffrage » de Berlin à Paris en passant par Bangalore, questionne les vertus et les méfaits de la croissance.

Second écran

Pour suivre la revue « Déchiffrage » et enrichir l’expérience, vous êtes invités sur votre second écran (ordinateur, tablette, smartphone) à consulter des outils de datavisualisations accompagnés d’éclairages et de contrepoints, dès la diffusion du premier numéro.

ARTEDataviz

dechiffrage.arte.tv/dataviz/dataviz1/index.html

Revue documentaire économique de Bruno Masi et Jacques Goldstein
Coproduction : ARTE France, Les Films d’Ici 2, Alternatives économiques
dechiffrage.arte.tv
@ARTEfr

Cartographie de la blogosphère RH

30 Juil

Illustration-blogueurs

Parlons RH, agence de marketing éditorial et digital dédiée à 100% à l’écosystème RH, évalue actuellement les différents blogs RH, du recrutement à l’ouplacement en passant par la formation et le management des talents, pour proposer fin 2013 une cartographie précise des blogs et des sites RH à valeur ajoutée.

Leur démarche de référencement était la première marche dans l’établissement de cette cartographie.

Je remercie Thomas Chardin, Directeur conseil de Parlons RH et toute son équipe d’avoir sélectionné mon blog dans leur cartographie. C’est un bel encouragement pour continuer à m’investir dans l’animation de mon blog.

Sur les 230 blogs RH francophones référencés, ParlonsRH en a retenu 50 qu’ils ont classés dans les 9 catégories suivantes :

  • Parlons RH & Marketing RH
  • Parlons RH & Management
  • Parlons RH & Innovation
  • Parlons RH & Réseaux sociaux
  • Parlons RH, Formation & Talent
  • Parlons RH & Recrutement
  • Parlons RH & Emploi
  • Parlons RH & Responsabilité sociale
  • Parlons RH, SIRH et Externalisation RH

Retrouvez ci-dessous leurs blogs favoris :

PARLONS RH & MARKETING RH

PARLONS RH & MANAGEMENT

PARLONS RH & INNOVATION 

PARLONS RH & RÉSEAUX SOCIAUX 

PARLONS RH, FORMATION & TALENT

PARLONS RH & RECRUTEMENT 

PARLONS RH & EMPLOI

PARLONS RH & RESPONSABILITÉ SOCIALE

PARLONS RH, SIRH & EXTERNSALISATION RH

Vous connaissez d’autres blogs RH qui seraient susceptibles de rentrer dans cette liste ?

C’est avec plaisir que Parlons RH les intégrera. L’espace commentaire est à vous pour leur suggérer d’autres sites.

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