« Un autre regard sur les chômeurs »

25 Avr

A la veille de la publication des chiffres du chômage et durant l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, le mouvement national des chômeurs et précaires propose une approche différente sur le chômage.

Crédit photo : actuchomage.org

Le MNCP, présidé par Marc DESPLATS, a rendu son premier rapport sur le chômage, début d’une longue lignée à venir.

Cet autre regard sur les chômeurs ne s’appuie pas sur des données statistiques habituelles mais apporte un regard concret sur les conditions de vie des chômeurs.

Ce rapport, très documenté par une large revue de presse politique, des études et des textes réglementaires, coordonné par Robert CREMIEUX, aborde le niveau de vie des chômeurs indemnisés, des bénéficiaires du RSA, les nombreuses politiques de l’emploi successives ainsi que le fonctionnement / dysfonctionnement du service public de l’emploi chapeauté par les partenaires sociaux.

Stigmatisation des allocataires

Le rapport comporte de nombreux propos de politiques du gouvernement actuel dans la presse qui ont stigmatisé les demandeurs d’emplois, les culpabilisant de bénéficier d’une indemnisation chômage, allocation trop élevée les dissuadant de rechercher un emploi, les opposant ainsi aux salariés en poste. A aucun instant, ces politiques ne s’interrogent sur les conditions de vie des chômeurs, sur leur difficulté financière quotidienne.

Aucune institution ayant la responsabilité des chômeurs, l’Unédic, Pôle Emploi ou le ministère du Travail n’a mené une étude approfondie sur les ressources des demandeurs d’emploi.

Bien au contraire dans la logique des droits et des devoirs ainsi que de cette stigmatisation, les demandeurs d’emploi devront se former et accepter l’offre d’emploi à l’issue de cette formation en fonction des métiers en tension, dans la mesure où le gouvernement sera reconduit.

En tout état de cause, le rapport précise qu’au vu du nombre d’offres d’emploi disponibles, il est impossible de donner un emploi aux 4,5 millions de chômeurs.

Quant aux bénéficiaires du RSA, ils ne sont pas comptabilisés dans les chiffres du chômage bien que l’Insee s’efforce de les intégrer et les évalue, dans son Portrait social 2011, à 6 millions. Les politiques prétendent que ces bénéficiaires du RSA tombent dans la facilité de l’assistanat. Avec une allocation moyenne de 15 euros par jour, qui peut se contenter de percevoir une telle allocation, sachant que les droits connexes des bénéficiaires prennent en compte les ressources du RSA.

Les bénéficiaires du RSA doivent être activement à la recherche d’un emploi. A titre expérimental, certains bénéficiaires peuvent exercer 7 heures de travail payées à 50% du SMIC horaire en contrepartie du versement de l’allocation. Cette mesure deviendra-t-elle obligatoire précarisant encore plus les bénéficiaires à exercer des emplois au rabais?

Les politiques de l’emploi

De nombreux dispositifs d’aides au retour à l’emploi ou d’aides à l’embauche se sont succédés, pourtant chômage et précarité demeurent.

Entre les circulaires de l’Unédic, les dispositifs en faveur du retour à l’emploi du gouvernement, Pôle emploi se bat dans cet imbroglio de directives et n’arrive pas à les mettre en œuvre pour accompagner les demandeurs d’emploi.

Le rapport pointe notamment le « plan rebond » très médiatisé destiné aux chômeurs en fin de droits. Seulement 20 000 chômeurs en ont bénéficié contrairement à l’objectif initial du gouvernement de 325 000 chômeurs.

Ces « fins de droits » sont venus grossir les rangs des bénéficiaires du RSA et s’établissaient à 2,02 millions en juin 2011.

Pour le MNCP, le problème de gestion des « fins de droits » n’est toujours pas résolu.

Insécurité juridique des demandeurs d’emploi

Si le droit du travail existe, le droit du chômage reste flou. Ce droit du chômage est d’autant plus complexe qu’il est régi par deux types de réglementation, l’indemnisation et le placement, en raison de la présence de l’Unédic, association loi de 1901. En effet, les contentieux relèvent soit des juridictions administratives soit privées.

Ces recours contentieux se multiplient. Selon un rapport du Sénat, 10 000 recours ont été engagés devant les juridictions administratives par les chômeurs.

Le sénat préconise de simplifier et d’unifier les règles applicables aux demandeurs d’emploi. En outre, il recommande que Pôle emploi clarifie ses règles d’indemnisation et les rende largement accessibles à la fois pour ses propres agents et pour les demandeurs d’emploi.

Une nouvelle écoute pour les chômeurs

Une reconnaissance des associations de chômeurs et notamment du MNCP a été acquise en 2011 avec la relance des comités de liaison à Pôle emploi donnant une parole collective des usagers du SPE, par les syndicats et par des institutionnels tels que le CESE et le Sénat.

Néanmoins, pour la négociation de la dernière convention d’assurance chômage, le MNCP n’était pas convié à la table des partenaires sociaux. Le MNCP considère que cette convention finalement adoptée et entrée en vigueur au 1er juin 2011 laisse sans réponse les problèmes soulevés par le chômage de masse qui perdure et s’accroît. Le déficit financier de l’Unédic ouvre un marché aux banques sur le dos des cotisants à l’Unédic et le malaise augmente des deux côtés du guichet de Pôle emploi faute de solutions adaptées à la crise sociale.

Par conséquent, le MNCP ne cesse de se mobiliser en faveur des chômeurs ou des précaires, en tractant, en manifestant à Paris et en régions ou en écrivant au BIT. Le MNCP a obtenu le soutien du FNARS, de la Fondation Abbé Pierre, du Secours catholique et même de l’ancien président de l’Unédic, Gaby Bonnand (CFDT), qui fustige dans son dernier livre Pôle emploi.

Le combat des associations de chômeurs et notamment du MNCP n’est pas vain. En mai 2004, des dizaines de milliers de chômeurs avaient été rétablis dans leurs droits à indemnisation après un « recalcul ». Ce fut l’affaire des « recalculés ».

Plus récemment, Pôle emploi a été condamné pour défaut d’information par la Cour de cassation de Paris.

La seule question à se poser est à quand un véritable audit pour recadrer le service public de l’emploi ?

Une Réponse to “« Un autre regard sur les chômeurs »”

Trackbacks/Pingbacks

  1. MNCP enfin entendu ! « mamzelleblog - 06/05/2012

    […] publication du premier rapport du MNCP sur le chômage en avril dernier « Un autre regard sur le chômage » aurait-il fait mouche […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :