
Crédit Photo : N Salles
1er janvier 2012
Je suis officiellement au chômage suite à une rupture conventionnelle d’une femme enceinte avec des idées.
2 janvier 2012
Je compose le 39 49 et en 10 minutes, un agent m’inscrit et me propose un RDV le 10 janvier 2012 à 15h10 au pôle emploi. L’agent, aimable, me demande de me présenter plutôt vers15h00 au vu des difficultés de gestion des demandeurs d’emploi et de la durée du premier entretien estimé à 50 minutes comprenant l’inscription et une première recherche d’emploi.
6 janvier 2012
Je réceptionne par courrier ma convocation à l’entretien ainsi que le PPAE (Projet personnalisé d’accès à l’emploi) que Pôle emploi invite à remplir en amont du RDV d’inscription. Je m’exécute afin de gagner du temps. Mon CV est prêt.
10 janvier 2012
Je foursquare à 14h54 au pôle emploi. Je pénètre dans l’agence et je suis immédiatement confrontée à une longue file d’attente au premier guichet de tri humain. Une ambiance délétère règne dans l’agence, que ce soit du côté des demandeurs d’emploi que des agents. Des personnes alcoolisées s’offusquent que les personnes ayant un RDV sont appelées avant eux. Une violence verbale très poétique semble être le quotidien des agents. Aucun personnel de sécurité n’est présent pour canaliser ces personnes. Je me sens en insécurité.
15h30 : mon nom est appelé par un agent. Je me dirige donc vers lui et corrige poliment la prononciation de mon nom. L’agent n’écoute pas et persiste en m’appelant autrement.
L’agent s’assied et commence à dire qu’il est fatigué. Je suis très surprise par l’entame de cet entretien que je pensais d’ordre professionnel.
D’une voix robotique, l’agent me précise le déroulement de l’entretien : inscription comme demandeur d’emploi, enregistrement de la DAL (demande d’allocations) et aide à la recherche d’emploi grâce au PPAE pré-rempli et au CV.
Pour gagner du temps, je précise aimablement à l’agent que j’ai travaillé 6 ans à l’Unédic, leur prescripteur en matière de réglementation d’assurance chômage et que je préférais gagner du temps sur la partie recherche d’emploi, l’entretien étant soumis à un timing intensif.
Silence de l’agent.
15h37 : l’agent procède à l’inscription de mon profil. Malheureusement, mon expérience professionnelle ni ma formation ne correspondent aux propositions de leurs champs. L’agent me précise que si je ne lui propose pas de solution, il ne pourra pas procéder à mon inscription. Cela s’apparente insidieusement à une forme de chantage. Etre au chômage au cœur d’une crise économique, qui a commencé à la fin 2008, génère déjà de l’inquiétude et de la précarité, il est donc inutile que la multinationale française de l’emploi rajoute de l’insécurité lors du premier entretien, du premier contact. Aucun rapport de confiance n’est créé entre l’agent et le demandeur d’emploi. Il n’y a aucun échange constructif.
Philologie=philosophie
J’ai fait des études de philologie et d’histoire des religions de l’Orient ancien. L’agent me dit que le logiciel me propose philosophie. Pour l’agent, c’est la même chose. Je m’y oppose. Dès lors, l’agent renouvelle sa menace de non inscription. Le climat est délétère. Comment puis-je retrouver un emploi au plus vite si mon profil Pôle emploi n’est pas en adéquation avec mon parcours scolaire et professionnel ? Je suis obligée de céder et j’opte pour des études en histoire.
Code ROME
Puis vient le champ « métier ». Je précise à l’agent que j’ai créé mon espace candidat sur le site poleemploi.fr mais qu’aucun code ROME ne correspond à mon activité professionnelle de responsable éditoriale web et de community manager. Le choix n’est pas multicritère. Un code ROME, un métier ; pourtant la vie est faite d’une succession d’expériences professionnelles. La mobilité ainsi que la formation professionnelles au cours de la vie du salarié ne sont-elles pas au cœur des réflexions en faveur du maintien et du retour à l’emploi ? A l’heure actuelle, il est rare de se définir en un poste.
L’agent ne me fait aucune proposition et fait défiler les codes ROME jusqu’à que j’en choisisse un. Le syndrome de Stockholm s’installe et je sais que je dois gentiment coopérer. Mon inscription en dépend et bien entendu le versement de mes allocations chômage qui va me permettre de faire vivre ma famille dans l’attente de retrouver un emploi. Par défaut, une nouvelle fois, je choisis le E1106 mais l’agent retient le K1903 qui correspond à « Défense et conseil juridique ».
Sur le site de poleemploi.fr, le K1903 correspond à :
Définition
- Conseille et informe des personnes physiques ou morales en matière juridique et judiciaire, établit des actes juridiques et effectue la gestion de contentieux.
- Peut présenter oralement la défense de clients au cours de plaidoiries, peut veiller à la sécurité juridique d’entreprises.
- Peut former des personnes dans sa spécialité qu’elle actualise par une veille informative.
Accès à l’emploi métier
- Cet emploi/métier est accessible avec un diplôme de niveau Bac+4 (M1, IUP, …) à Master (Master professionnel, Master recherche, …) en droit complété par une spécialisation (avocat, assurance, finance, fiscalité, …).
- La pratique d’une langue étrangère, en particulier l’anglais, est requise.
Pour les compétences métiers, l’agent me pose une question. Enfin, une question ! « Vous maîtrisez le traitement de texte ? ». Je dois garder mon self-control Si l’agent avait lu mon CV ou mon PPAE ou s’il m’avait simplement écoutée, il se serait rendu compte que j’avais exercé la profession de responsable éditoriale web, que j’anime un blog sur les politiques de l’emploi, que j’ai un compte twitter et plus largement que je suis présente sur les médias sociaux. Il sera retenu j’ai une « utilisation experte du traitement de texte et du tableur ». « Puis-je rajouter d’autre compétence informatique, web ? ». Très difficilement, l’agent écrit sous ma dictée « maîtrise du CMS world presse ». La faute sera à moitié corrigée en « wordpresse ».
L’entretien se termine. Je demande à l’agent quand nous allons examiner mon PPAE et mon CV. Réponse de l’agent : « Pôle emploi ne peut rien pour vous dans votre domaine ».
Le monde politique : erreur 404
Pourtant Xavier B. suite aux mauvais chiffres du chômage du mois de décembre 2011, a publié un communiqué de presse du 26 décembre dernier dans lequel il « rappelle également que la nouvelle feuille de route de Pôle Emploi, élaborée en concertation avec les partenaires sociaux, doit permettre, sous l’impulsion du nouveau directeur général, Jean BASSERES, de personnaliser et d’améliorer sensiblement l’accompagnement des demandeurs d’emploi et les services rendus aux entreprises. ».
Le monde politique est complètement déconnecté du monde réel. Ils rassurent « le français » comme ils disent. Les mots ont du sens et ils le perdent dans leur bouche.
16h00 : incident technique
Pendant deux jours, le site pôle emploi a rencontré des problèmes techniques. J’ai commencé à créer mon profil dans mon espace candidat mais je ne pouvais pas télécharger mon CV. J’en informe donc l’agent que ma bonne volonté ne suffisait pas à être un bon petit soldat de la recherche d’emploi. L’agent n’a pas été informé par sa hiérarchie de ce problème et me répond qu’il n’y a donc aucun problème technique sur le site. Pourtant, j’utilise mon smartphone et lui montre l’impression d’écran que j’avais publié sur twitter le 9 janvier. L’agent répète que si sa hiérarchie ne l’a pas informé, c’est que le problème technique n’existe pas.

- Crédit Photo : poleemploi.fr
L’agent m’envoie vers un technicien pour mettre mon CV en ligne aujourd’hui. J’insiste à nouveau en disant que je pouvais le faire de mon domicile.
Je me retrouve donc à attendre dans un autre endroit de notre multinationale open space. Bien évidemment, l’agent se saisit de ma carte d’inscription nouvellement imprimée afin que je ne puisse pas partir. J’attends une heure et toujours pas de technicien Pôle emploi. J’interpelle un autre agent en lui expliquant le problème. Il ne veut rien entendre. J’insiste à nouveau et cet agent m’imprime une nouvelle carte de demandeur d’emploi. La prise d’otage se termine à 17h00.
Bilan de la journée
J’ai perdu une demi-journée que j’aurais pu réellement consacrer à ma recherche active d’emploi.
Concernant leur rhétorique des droits et des devoirs des demandeurs d’emploi, décret que j’ai décrypté à mon ancien poste et dont j’ai informé Pôle emploi, il serait bon de se poser la question des devoirs qu’a Pôle emploi envers ces clients, comme il nous appelle.
La fusion Assedic-ANPE a été précipitée, obligeant deux cultures d’entreprise à cohabiter rapidement. Les tensions sont à la fois internes et externes à l’entreprise. Les agents sont forcés d’utiliser des applications informatiques qui n’ont pas suivi l’évolution des métiers. Le système totalitaire des cases à remplir par les agents est en inadéquation avec la propagande gouvernementale de l’accompagnement personnalisé.
Pôle emploi composé de 45. 000 collaborateurs et soutenu par ses "filiales", les opérateurs privés, n’est plus qu’un organisme de contrôle des demandeurs d’emploi.
Le monde change, Pôle emploi tentaculaire reste immobile et le demandeur d’emploi est toujours précaire.
Voir également sur liberation.fr : "Pôle Emploi : la violence et l’ennui"
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Tags:Allocation, Catégorie, Chômage, Demandeurs d'emploi, Pôle emploi, Xavier Bertrand